Encyclopedie Mondiale des Vins

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samedi 22 septembre 2007

Millésimes, les 1000 vins de l'année

Acheter en direct : http://www.guidedesvins.com/acheter.php

Merci Google, merci Dussert-Gerber

Les Champenois que nous sélectionnons peuvent nous remercier. Grâce à notre site Guide Champagne (http://www.guidechampagne.com), on est en pole position chez Google, sur plus de 3,5 millions de sites et liens, et devant le puissant site officiel de la Champagne.

mardi 11 septembre 2007

Montrose au sommet

Voir le Classement : http://www.guidedesvins.com/medoc.php

Dans le monde entier, Château Montrose est connu pour l’excellence et la grande complexité de ses vins, devenant, au fil des années, l’un des plus grands vins de la planète.

Situé au cœur de Saint-Estèphe sur une croupe graveleuse, le château Montrose est entouré de son vignoble de 68 hectares d’un seul tenant qui surplombent l’estuaire de la Gironde. Ce magnifique terroir composé de grosses graves pyrénéennes liées par du sable ferrugineux sur 3 à 4 mètres de profondeur, nourrit les raisins, qui s’y épanouissent pleinement, chauffés par le soleil et rafraîchis par les légers embruns. Les chais, salle de dégustation, bâtiments d’exploitation et maisons de vignerons ont été entièrement restaurés et forment à eux-seuls un très joli petit village, donnant un charme indéniable propre à cette splendide propriété. Le cuvier est tout aussi réussi, spacieux pour faciliter le travail. Alluré et fonctionnel, il conjugue avec talent inox, bois clair, verre et s’intègre parfaitement aux murs en pierre qui le relient aux anciens bâtiments. Une réussite architecturale. L’histoire du Château Montrose remonte à 1825. En 1832, il y avait déjà 32 hectares de vignes. Ainsi, d’année en année, le domaine grandit jusqu’à Louis Charmolüe qui l’acquit en 1896, puis c’est en 1960 que son fils Jean-Louis Charmolüe a perpétué la tradition familiale, faisant atteindre les sommets qualitatifs à Montrose.

Aujourd’hui, c’est la famille Bouygues qui en est propriétaire, poursuivant cette longue tradition qualitative. Les atouts de Montrose reposent essentiellement sur les qualités extraordinaires et rares de son terroir, au sens le plus général, c’est-à-dire à la fois ses aspects pédologiques et ses aspects climatologiques. En effet, les sols de la propriété sont majoritairement composés de graves pyrénéennes liées par des sables ferrugineux, posés sur un socle argileux. Les graves assurant à la fois un rayonnement solaire, qui autorise une bonne maturation des baies, et permettant un bon drainage des eaux de pluie vers les argiles ; celles-ci se gonflent d’eau et la diffusent de manière régulière et mesurée, assurant une bonne alimentation hydrique de la vigne. On observe ces caractéristiques de façon très homogène sur l’ensemble des vignes de la propriété. Par ailleurs, la position géographique du Cru, sur les coteaux qui bordent la Gironde, permet une ventilation certaine des vignes, du fait du caractère venteux du climat qui entoure Montrose. Un effeuillage raisonné, associé à un éclaircissage systématique (3 grappes par bras) sur l’intégralité du vignoble (pour la première fois en 2006), permettent de nous affranchir du développement de la pourriture grise, et, ainsi, de mener les raisins vers leur maturité optimale. Ce terroir à Cabernet-Sauvignon très homogène, travaillé selon les pratiques culturales rigoureuses, permet d’envisager toutes les évolutions possibles pour faire de Château Montrose un excellent Cru, d’une qualité encore plus régulière que par le passé. Le processus de vinification et d’élevage est ponctué très régulièrement de dégustations qui permettent de suivre l’évolution du vin. La plus importante d’entre elles a lieu en février pour l’assemblage des meilleures cuves qui entreront dans le grand vin, les autres composant le second vin, la Dame de Montrose.

La dégustation verticale :

2003 : robe pourpre soutenu, aux notes de truffe, de cuir et de mûre, concentré et charnu, un vin riche en arômes comme en matière, aux tanins très denses, complet, complexe, très prometteur.

2002 : une grande réussite. De robe intense, au nez persistant, aux tanins denses, très équilibré, gras, d’un grand équilibre en bouche, un beau vin riche, de belle évolution.

2001 : superbe. Couleur, concentration d’arômes, structure et finesse sont associés dans ce grand millésime encore fermé, de robe profonde, aux tanins très fermes et savoureux à la fois, de garde.

2000 : grandissime millésime, encore très jeune bien sûr, un vin puissant, dense et ferme en bouche, d’une grande complexité aromatique avec des nuances de truffe et de d’humus, d’une superbe finale en bouche fine et charnue à la fois, de grande évolution.

1999 : très grand vin, de robe pourpre intense, très riche, complexe, un grand vin très structuré, avec beaucoup de matière, une belle richesse d’arômes où dominent les fruits cuits.

1998 : très ferme, robe d’un rouge rubis foncé, nez puissant, de bouche veloutée, avec de la matière et du fruit, aux tanins riches et soyeux à la fois, d’une longue finale avec des arômes secondaires de fruits très mûrs.

1997 : plus mûr, plus velouté, arômes fins, un beau vin ample, idéal à déguster maintenant.

vendredi 7 septembre 2007

Le talent français

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Pour Patrick Dussert-Gerber, depuis 28 ans, le vin est une entité à part entière qui associe l’inné et l’acquit, le talent et la passion, le ciel et la terre, l’homme et la science, le matériel et l’irrationnel, la poésie et le savoir, le plaisir et la mesure (si l’on a soif, on boit autre chose)... Il faut respecter à la fois une culture et une éthique. Il faut rester humble devant les dégustations, sincère face à ses convictions, défendre tous ceux qui s’attachent à élever un vin digne de ce nom avec passion et convivialité. Dans cette optique, il y a peu de place pour la frime ou l’arrogance. Le vin, c’est donc le reflet d’un état d’esprit, et d’une éthique, technique et morale. Le reste, l’osmose inverse à outrance, les concentrateurs, le surboisage… c’est du dopage, et du blabla.

Brigitte Dussert : vous aimez beaucoup l’Alsace et ses vignerons. Les vins ont-ils évolué ?

Patrick Dussert-Gerber : l’Alsace est une région toujours aussi forte qui ne rencontre pas de difficulté particulière. Il faut quand même dire que, depuis quelques années, on dégustait des vins plus douceatres avec beaucoup moins d’acidité. Deux paramètres pour l’expliquer : soit c’est l’évolution climatique qui donne des vins plus doux et moins acides et là c’est logique dans des millésimes comme 2003 ou 2005, soit c’est une volonté délibérée ou une mode. Si c’est le cas, attention au risque de dépersonnaliser ces crus. Un Riesling ne doit pas être suave mais, au contraire, bien sec, et l’acidité est nécessaire pour l’équilibre et la typicité de ces vins. J’affectionne particulièrement l’Alsace (quelques origines d’Andlau), la bonne humeur des vignerons, le plaisir de pousser la porte d’un winstub, bref, celui de partager l’amour du vin. Je connais parfaitement le vignoble et il y a un bon nombre de producteurs que j’estime et soutiens depuis mon premier Guide, ce qui ne nous rajeunit pas (Gresser, Schléret, Hauller, Berger, Klein, Jung, Schaeffer-Woerly, Haegi, Rolli, Dussourt, Reinhart, Materne Haegelin...) et d’autres, découverts il y a une dizaine d’années comme Odile Weber, Ruhlmann, Beck, Engel, l’exemplaire Cave de Hunawihr...

Et puis, comment résister à ces gouffres d’arômes que sont les Sélections de Grains Nobles et les Vendanges Tardives (issues particulièrement des Gewurztraminer Pinot Gris) ?

Brigitte Dussert : le Beaujolais est-il reconnu comme il le devrait ?

Patrick Dussert-Gerber : paradoxalement, alors qu’un bon nombre critiquent cette région, c’est aussi celle qui fait beaucoup d’envieux avec cette extraordinaire réussite du Primeur, du vin nouveau, que, ni la Touraine, ni Gaillac ou les Côtes-du-Rhône n’ont pu contrarier. En Beaujolais, on parlait de crise mais ceux avec lesquels nous travaillons dans Millésimes ou qui nous envoient des échantillons pour le Guide s’en sortent bien, leurs prix sont très abordables, n’augmentent pas et cela prouve qu’ils conservent leur clientèle. C’est ce qui compte par dessus tout. Il me semble qu’enfin, en France, on a compris aussi que les Beaujolais pouvaient être des vins très charmeurs, très agréables mais aussi très typés et divers, des vins qui méritent d’être pris au sérieux, et pas uniquement des Primeurs à boire frais et jeunes. Là encore, il y a des incontournables : Franck et Georges Dubœuf, jalousés mais exemplaires, et un bon nombre de fidèles dont les vins, dans des appellations de Crus comme Juliénas, Moulin-à-Vent, Morgon ou Brouilly créeraient bien des surprises dans des dégustations “à l’aveugle”. On peut citer facilement Chavagnat, Mortet, Siffert, Miolane, Brisson, Chignard, Champagnon, Boisfranc, Lacarelle, Baronnat, Combe aux Loups, Clos du Fief, Pérelles, Py de Bulliat...

Brigitte Dussert : les vins de Loire semblent poursuivre leur chemin, naturellement, sans péripéties ?

Patrick Dussert-Gerber : le vignoble de la Loire est très disparate car il est très étendu. Je connais bien, j’ai débuté ici. Pour les vins blancs, on retrouve les incidences de ces étés très caniculaires qui assouplissent les vins. Cela se ressent beaucoup moins à Sancerre, à Pouilly ou en Anjou, car le Sauvignon notamment sait conserver cettre fraîcheur qui fait sa spécificité. Un plaisir de dégustation que l’on ne retrouve jamais dans les vins étrangers souvent trop ronds et pas du tout rafraîchissants. Il y a bien sûr des différences qualitatives entre les différents vignobles. A Pouilly ou à Sancerre, ce sont des vignobles très intéressants mais qui doivent faire attention à ne pas galvauder leur notoriété, en produisant trop. Certains vins sont parfois surcôtés et il ne faudrait pas que la clientèle se demande, à un certain moment, si elle ne paye pas trop cher des vins qui ne le méritent pas. Je recherche toujours des bons rapports qualité-prix et vous trouverez les meilleures adresses dans les lignes qui suivent. Pour vous mettre en bouche, dans le Pays Nivernais, par exemple, on ne se trompe pas en poussant la porte de Thierry Redde, d’Henry Natter, des Pabiot, d’Alphonse Mellot, de Nicolas Brock, de Balland, Chevreau ou Pascal Gitton.

Toujours en blancs secs, quelques producteurs de Muscadet sortent toujours du lot, se refusant à trop arrondir leurs vins, respectant ainsi leur particularité (Dabin, Chéreau, Morilleau...), et un bon nombre d’autres élèvent de grands vins de Chenin ou de Sauvignon, aux environs de Tours, de Saumur et d’Angers (Brézé, Louet-Arcourt, Éternes, Chaise...). Ne pas oublier les Crémants et Saumur ou Vouvray, dont la locomotive incontournable est Patrice Monmousseau (Bouvet), suivi de quelques autres (Beauregard, Valmer...).

Dans le reste des appellations, par exemple, en Saumur-Champigny, Chinon... les vins restent à des prix très accessibles, ce sont des vins servis dans les restaurants grâce à leurs prix très attirants, leur qualité est certaine, les vignerons ont toujours fait des efforts, et ne sont pas rentrés dans l’engrenage de la surmaturation ou d’une surconcentration en barriques, restant fidèles à la typicité de leurs sols où se plaît parfaitement le Cabernet franc, et je les soutiens. Il suffit de citer Filliatreau, Pisani-Ferry, Buisse, Couly, Raffault, Jamet, Chaintres, Guilloterie... pour avoir des vins remarquables. Idem en Touraine (Marionnet, Mandard...), ou en Anjou-Saumur (Aupy, Paleine...).

L’autre grande force de la Loire (côté ouest), ce sont des moelleux et liquoreux de haute volée, qui, comme ceux d’Alsace, dament le pion aux “historiques” liquoreux bordelais qui ont eu tendance à s’endormir sur leurs lauriers. Vouvray, Quarts-de-Chaume, Bonnezeaux, Coteaux-du-Layon, autant de viviers pour exciter ses papilles avec des vins chaleureux, d’une très grande expression aromatique, de lente évolution, à des prix partticulièrement sages chez Chéné, au Clos de l’Epinay, à La Varière, L’Été, Aubert, Fardeau, Godineau...

Brigitte Dussert : la Bourgogne est toujours inattaquable pour ses vins blancs. On entend (et on lit) beaucoup moins d’amabilités sur les rouges. Qu’en-est-il ?

Patrick Dussert-Gerber : la Bourgogne est un cas à part car c’est un “petit” vignoble en France. Certes, la Bourgogne du sud dans le Mâconnais est une région assez grande mais quand on parle de la Bourgogne on fait plutôt référence à la Côte de Nuits et à la Côte de Beaune. Si l’on s’en tient donc à ces deux entités, je trouve que depuis 7 ou 8 ans les vins sont exceptionnels, que ce soit en blanc comme en rouge. On déguste des vins qui conservent cette puissance de rondeur, de souplesse et de suavité mais aussi cet équilibre avec l’acidité qui en fait des vins de longue garde. Globalement les Bourguignons n’ont pas changé leur façon de faire le vin. Ils ont, bien sûr, évolué et se servent des techniques modernes, et c’est bien normal, mais les grands vins de Bourgogne sont quand même les mêmes que ceux que l’on goûtait il y a quelques années. Ils ont eu raison de ne pas se laisser tenter par les “sirènes” ou “confrères” qui leur demandaient de faire des vins avec plus de couleur, toujours plus concentrés... et on se rend compte que les clients acquiescent cette politique car les vins sont pré-vendus.

En blanc, c’est sûr, il n’y a aucune concurrence. Si besoin est, débouchez les flacons d’Ampeau, Antonin Guyon, Clos des Perrières, Prieur-Brunet, Carillon, Doudet-Naudin, Jaffelin, Darviot, Marey, Blondeau-Danne, Dubreuil-Fontaine, la majorité (vous lisez bien) à des prix particulièrement justifiés ou abordables. Idem à Chablis, avec des Grands et Premiers Crus très racés que l’on savoure chez Tremblay, Robin, Moreau, Geoffroy ou Laroche, toujours incontournables. Plus au sud, il y a la famille Vincent, à Fuissé ou Protheau à Mercurey, qui valent le détour. Beaucoup d’autres suivent, et sont retenus régulièrement dans mon Guide et Millésimes.

En rouge, certains pensent, en effet (et proclament, mais il faut pardonner l’ignorance), que les vins de Bourgogne ne font pas partie des plus grands vins du monde, ne parlant que de Bordeaux. Je suis intimement convaincu du contraire, quand on goûte des vins assez vieux (1976, 1989, 1996, 1997...) mais aussi les derniers millésimes, les vins sont très équilibrés, toujours assez légers en couleur mais c’est normal avec le Pinot noir. On ne plante pas du Grenache ou de la Syrah ici, et la couleur n’a rien à voir avec la qualité du vin, et encore moins avec son potentiel d’évolution. Franchement, n’y-a-t-il pas de quoi être heureux, dans toute la gamme, à tous les prix, avec les vins de Lamarche, Thomas-Moillard, Trapet, Rebourseau, d’Angerville, Clos des Lambrays, Esmonin, Monts-Luisants, Leclerc, Audoin, Prunier, Patriarche, Gerbet, Joliot... On se rend compte également que ceux qui commencent à boiser trop leur vin ne font que le dessécher, mais les cas sont minimes et proviennent surtout de quelques négociants beaunois, attirés par de bonnes notes de critiques, pour pouvoir exporter, comme les mouches par le miel.

Brigitte Dussert : vous aimez également beaucoup les blancs comme les rouges de la Vallée du Rhône...

Patrick Dussert-Gerber : c’est un grand vignoble, très étendu, et les vins sont très disparates. En crus comme à Châteauneuf-du-Pape par exemple, tout va bien, les vins sont cohérents quant au rapport qualité-prix qui est en accord avec la typicité et le potentiel d’évolution. Montredon, Quiot, Fortia, Mathieu... font des vins chaleureux, et, somme toute, très abordables quand on parvient à un tel niveau de qualité. Même si j’ai goûté ici de très bons vins depuis le premier Guide, les efforts se sont poursuivis également dans les appellations alentour, comme Gigondas, par exemple, où l’on se fait plaisir avec des vins à 10, 15 €, à Rasteau et à Visan, on trouve des vins formidables à des prix moindres. Vous remarquerez que ces appellations ont souvent pour fer de lance leur caves, ce qui en fait un bel exemple de solidarité qualitative et d’une motivation de toute la production. Le Nord, avec Condrieu, Cornas, Saint-Joseph ou Côte-Rôtie, est également un vivier de beaux vins, bien que certains se soient orientés vers quelques cuvées trop puissantes ou trop marquées par le bois neuf, course à l’export oblige, encore hélas.

Brigitte Dussert : et la Provence ? On voit une remontée forte du rosé.

Patrick Dussert-Gerber : ici, les vignerons ont la chance d’avoir un climat exceptionnel grâce au mistral. Ce qui a le plus évolué, c’est que l’on assiste à une belle remontée de la qualité du rosé. De gros efforts qualitatifs ont été fournis, et les rosés de Provence des propriétaires que nous connaissons (je ne parle pas de la “grande cavalerie”, toujours existante) sont redevenus des vins tout à fait intéressants avec une typicité en fonction de leurs cépages, de leurs appellations, et il y a une belle reprise de confiance des amateurs. Et là, en plus, il n’y a aucune concurrence au niveau mondial, car il n’y a rien de similaire ailleurs. L’appellation des Coteaux d’Aix en Provence va dans ce sens et l’on ne peut que l’encourager.

C’est donc un bon créneau, s’il tire vers le haut, mais qui ne doit surtout pas masquer pour autant les vins exceptionnels que l’on trouve (plus rarement) en rouge et en blanc. Passez à Bormes-les-Mimosas (Malherbe), à Taradeau (Rasque), à Bandol évidemment (Bronzo, Bunan, Olivette, Lafran-Veyrolles, Suffrene...), revenez en Côtes-de-Provence (Brégançon, Élie Sumeire, Jas d’Esclans, Sauveuse...) et vous aurez de quoi faire avec des vins complexes et charnus en rouges, suaves et vifs en blancs, qui demandent tous une cuisine raffinée et riche. Tous les vins de mes Classements sont à un beau niveau.

Brigitte Dussert : le Languedoc, c’est toujours l’avenir ?

Patrick Dussert-Gerber : en Languedoc, on se cherche, et depuis bien longtemps. Faut-il faire du vin de table, du vin de qualité, planter, arracher, créer des micro vins, faire des vins de cépages, vendre de la marque Merlot ou Chardonnay (qui n’a pas grand chose à faire dans le coin) selon la cible potentielle, faire des produits pour les jeunes, pour les femmes, pour le 3e âge... La politique, les pouvoirs publics se mêlent et s’emmêlent depuis quarante ans, sans trouver de solution. Ici, il y a également une crise sociale injustifiée à résoudre (comme à Bordeaux, on le verra plus loin) et il n’est pas excusable que le travail de centaines de producteurs ne soit pas rémunéré décemment. Ce n’est pas normal, et encore moins de dire que c’est de la faute des vins du “nouveau monde”. Je ne soutiens pas non plus les regroupements massifs tentés ici ou là, à Bordeaux comme à Narbonne, qui vont sûrement profiter aux “gros” distributeurs, même si, et j’en suis conscient, on a également besoin des meilleurs d’entre eux pour écouler la production. Mais on peut vendre sans perdre son identité d’appellations ou de territoires. La nouvelle mention “Sud de France”, par exemple, si elle apporte peut-être un éclaircissement sur l’ensemble de la région, va à l’encontre de ce que je crois : développer les niches plutôt que d’amalgamer les appellations, en perdant ainsi le peu de lisibillité que l’on a, en gommant encore plus l’identité... Le Languedoc, ce Sud de la France, ce n’est quand même pas une marque de négociant !

Sur un autre plan, je ne suis pas certain que l’on ait découvert l’eldorado, même si l’arrivée massive d’investisseurs et de bordelais a permis d’acheter des terres à bon prix et d’avoir quelques coupures de presse. De nombreuses cuvées spéciales sont trop “spéciales” justement, et cela engendre une dénaturation des vins, on goûte beaucoup de vins assez écoeurants, surboisés avec des micro-cuvées trop chères. Ce problème s’étend aux vins de cépages. Ne fait pas Daumas-Gassac qui veut.

Il n’y a donc pas de mystères dans la région, et les territoires sont connus. Les meilleurs producteurs élèvent des vins racés et typés, qui ont su conserver leur spécificité qui se dévoile au travers des cépages de la région, chacun s’exprimant au mieux selon les sols d’alluvions, d’ardoise, de schiste ou de calcaire, en bénéficiant d’un beau rapport qualité-prix. Vous les trouverez en Corbières (Grand-Caumont, Vaugelas, Simone Martinolle, Étang des Colombes...), en Minervois (Fabas, Blomac, Villerambert-Moureau, Barroubio...), en Coteaux du Languedoc (Cave de Roquebrun, Mire-l’Étang, Saint-Martin des Champs...) et en (rares) vins de pays.

Brigitte Dussert : en Sud-Ouest, calme plat ?

Patrick Dussert-Gerber : j’aime bien ces vins. Ils sont bons, abordables (pas tous, il y a des cuvées à prix vraiment déments, je les oublie dans mes écrits). Par contre, on sent une sorte d’inertie parmi les viticulteurs ou la profession, on ne sait pas si c’est passager mais on n’entend pas beaucoup parler de Fronton, de Cahors, de Bergerac, de Gaillac, de Jurançon ou de Madiran, qui manquent de visibilité. On voit de temps en temps de grandes affiches dans les rues des vins de Bergerac, un dossier de presse sur Gaillac, un autre sur le Cahors “primeur”...

Là encore, on s’est “regroupé”, soi-disant pour avoir les moyens de sa promotion. On attend de voir, et chaque syndicat fait ce qu’il veut. Ce qui compte, c’est de frapper à la bonne porte, ceux que nous soutenons depuis longtemps sont toujours à la tête de leur appellation, ont confiance dans leur gamme, et nos Classements sont assez parlants.

Brigitte Dussert : en Champagne, tout va très bien ?

Patrick Dussert-Gerber : c’est la région qui a le mieux travaillé depuis 20 ans, les grandes maisons certes, mais ce sont surtout les producteurs qui ont le plus développé la qualité et leur image. Il existe une vraie entente cohérente entre grande maisons et viticulteurs, même s’il y a des jalousies, ils savent se respecter, négocient, régulent le marché... Le résultat est probant, la Champagne est la seule appellation mondiale sans concurrence qui est en croissance extrêmement forte, qu’elle va poursuivre. Aucun Cava, ni mousseux, français ou étranger ne peut lutter qualitativement et en terme d’image avec le Champagne. Ici, il y a également une notion de Cru, de terroir, ce qui n’existait pas auparavant, car on parlait plus de l’assemblage, qui demeure bien sûr un paramètre important. Le Champagne a démontré que ce n’est pas uniquement un verre rempli de bulles mais qu’il y a une vraie typicité, une différence entre un Chardonnay planté au Mesnil-sur-Oger et un autre à Bouzy. C’est une force formidable que la Champagne ait compris que l’impact de son sol était à mettre en avant, qu’il ne s’agissait plus uniquement de vendre un vin de fête mais aussi un vin de table. Nous, cela fait des années, que nous le savions, nous avons suivi et soutenu l’évolution des vignerons champenois bien avant que leurs ventes ne se soient autant développées. Je me souviens que, beaucoup de professionnels, s’étonnaient, à l’époque, lorsque, dans mes classements, je plaçais en premier, parfois à côté de grandes maisons historiques, des vignerons totalement inconnus qui sont maintenant respectés dans le monde entier. Tout a changé ici. En gros, il reste une poignée de maisons familiales et exceptionnelles (Roederer, Pol Roger, Taittinger, Gosset, Thiénot...), d’autres, tout aussi respectables, intégrées dans des groupes (Philipponnat, Piper et Charles Heidsieck, Krug, Ruinart, Laurent-Perrier...), des coopératives de premier plan (Devaux, Vincent d’Astrée, Collin, De Castelnau...) et il y a une véritable explosion qualitative de la propriété (De Sousa, Peters, Ellner, De Telmont, Mignon, Bara, Geoffroy... et beaucoup d’autres). Je vous renvoie à notre article et au Classement.

Brigitte Dussert : et, à Bordeaux, ce grand vignoble qui vous tient à cœur.

Patrick Dussert-Gerber : à Bordeaux, il faut faire des distinctions. Il y a d’abord une dizaine de vins mythiques d’un niveau qualitatif exceptionnel mais très chers. Il est difficile d’en parler comme d’autres vins, car on entre dans le monde du luxe où l’image et la rareté comptent beaucoup.

Il y a ensuite la masse des grands crus classés, dont certains, beaucoup moins prestigieux, plus à la mode (pas mal de vins surbarriqués sont dans le lot), ont atteint des prix incautionnables, car, pour ceux-là, il est toujours question de rapport qualité-prix, ne leur en déplaise. Force est de constater que l’on retrouve ces bouteilles de moins en moins dans la restauration française et dans nos caves, leur prix devenant un frein réel. Ces vins-là, à forte valeur ajoutée, sont vendus majoritairement à l’export, délaissant, à tort, le marché français. Je me demande quelle serait la réaction du Japonais qui a sa cave remplie de ces vins-là, et ne les verrait pas en France. Il pourrait se demander s’il ne s’est pas fait avoir ? Heureusement, il y a les très grands vins, très classiques, où l’élégance prédomine (Léoville-Barton, Montrose, Calon-Ségur, Lynch-Bages, Brane-Cantenac, Rauzan-Segla, Rauzan-Gassies, Desmirail...).

Dans le Libournais, on est toujours dans l’expectative. D’un côté les vrais grands vins marqués par des territoires que personne ne peut nier, de Petrus (voir page 112) à de nombreaux autres crus d’une typicité exceptionnelle, dans une gamme large, où l’élégance s’allie à la structure, selon les sols et rien d’autre, sans artifices (Magdelaine, Bélair, Certan de May, Lamarzelle, Beauregard, La Croix, Laroque, Guadet, Balestard...).

En face, il y a des vins bien différents (particulièrement à Saint-Émilion ou en Côtes-de-Castillon), beaucoup trop boisés, trop concentrés, desséchés, qui n’ont aucun intérêt mais nous ne parlerons pas d’eux, tant ils sont encensés de facon indécente par des “gourous” français ou étrangers.

À quoi bon créer des vins écœurants comme de l’encre, faire des “produits” à 15° quand la région bordelaise a, depuis toujours, su faire primer la distinction. J’ai débuté avec des “pointures” mondiales comme Jacques de Loustaunau, Émile Peynaud, Ribéreau-Gayon, ils s’attachaient tous à défendre cet atout essentiel de Bordeaux : élever de grands vins capables d’associer la puissance et l’élégance, et la durée dans le temps. Jean-Claude Berrouet (confer page 8) est dans la lignée. Il signe quelques-uns des plus grands vins du monde et sait que la (grande) qualité n’a rien à voir avec un élevage outrancier en bois neuf, ni à des artifices techniques.

Le marché intermédiaire (8 à 20 €) est un formidable vivier, qui fait la force de Bordeaux, dans toutes les appellations, aussi bien dans le Médoc, à Saint-Émilion, ses satellites, que dans les Graves ou les Côtes... On a plaisir à déguster des vins typés, très bien faits, qui bénéficient d’une belle série de millésimes grâce aux étés chauds, donnant des vins savoureux plus faciles à boire rapidement mais aussi d’un beau potentiel de garde.

Les 2004 et 2001 sont des millésimes que j’affectionne particulièrement, un peu à l’ombre des grands millésimes médiatiques et c’est dommage, car ils sont l’archétype classique du bordelais, où la finesse prédomine, des vins très prometteurs. Les viticulteurs font des efforts de qualité, sont efficaces, travaillent bien dans leur chai mais aussi à la promotion de leurs vins, car il ne s’agit pas de ne faire que bon, il faut le faire savoir. La majorité élève ces vins dans la grande tradition bordelaise.

Il y a également une région où les vins sont exceptionnels, Pessac-Léognan, avec des crus envoûtants, en blanc comme en rouge. À Pomerol, les vins sont restés très typés, cela correspond aussi à la mentalité des propriétaires qui respectent leur terroir et ne se complaisent pas dans l’esbroufe. Saint-Émilion est une appellation qui fait encore parler d’elle avec un classement qui fait sourire (pour ne pas dire plus), tant des déclassements restent incompréhensibles, c’est navrant.

Cela amène le consommateur à penser qu’à Bordeaux on parle trop de classements, de jalousie, de prix, de frime et pas assez de qualité intrinsèque du vin et cela porte tort à toute la région, même aux Bordeaux les plus modestes. Ajoutez à cela une vraie crise sociale snobée par quelques propriétaires et négociants qui préfèrent aller chercher ailleurs ce qu’ils devraient promouvoir venant de leur région. En fin de compte, on se moque de savoir si un cru est classé ou non, que les Côtes soient réunies ou pas, ce qui importe, c’est ce qu’il y a dans la bouteille et le rapport qualité-prix-plaisir !

Brigitte Dussert : le respect de la nature, la convivialité, la diversité...

Patrick Dussert-Gerber : pour faire un bon vin, il faut rester humble. C’est la nature qui a modelé des territoires, formé des strates, créé l’érosion, apporté des alluvions... Cette nature, il faut l’entretenir, la respecter, la mettre en valeur au travers d’une écologie évidente. L’homme n’intervient qu’après. Il a le choix : soit il se prend (très) au sérieux, plante n’importe où, mise sur les sophistications œnologiques, multipliant les “jus de confiture”, bref, fait un “produit”, blanc, rouge, mousseux ou rosé, et parfois à un prix inadmissible. Soit, le vigneron fait partie intégrante de son terroir, s’efface devant lui en le laissant s’exprimer, maîtrisant les techniques modernes qui sont alors les bienvenues quand elles ne viennent pas “aseptiser” les vins.

Il faut aussi avoir une éthique. On ne peut pas accepter l’arrogance de quelques propriétaires (vous n’en trouverez pas beaucoup dans MILLÉSIMES) face à la crise sociale que connaît encore le monde du vin en France. Chacun doit être rémunéré et la solidarité doit primer. Le prix n’entre pas en cause, c’est l’état d’esprit qui compte : on peut être riche et savoir partager, élever le plus grand vin du monde et rester modeste, promouvoir sa région avant d’aller chercher ailleurs. Et puis, ce qui compte, c’est de prendre du plaisir.

© Paru dans MILLESIMES 2007 Voir aussi la sélection des meilleurs producteurs de l'année :

http://www.millesimes.fr/

jeudi 30 août 2007

Mes impressions de Chine

Arrivée à Pékin, vol Air France, rien à dire. Pékin est une ville en plein essor où, les buildings flambant neufs peuplent le quartier des affaires et témoignent de la formidable envolée économique de la Chine, de son dynamisme et de son énergie à rattraper le retard. C’est aussi la ville des mystères, devenue au cours de son histoire, la capitale du pays réunifié.

rue.jpg La “fameuse” place Tienanmen fait un peu froid dans le dos (en l’occurence, ce n’était pas au sens figuré, fin Décembre), et on pourrait tout aussi bien se croire dans le Moscou des années de guerre froide, tant les bâtiments administratifs austères se ressemblent.

En face, c’est un autre monde. Juste à côté d’une immense fresque du Président Mao, il y a la porte d’entrée de la fabuleuse Citée Interdite, une visite incontournable. De nombreux palais, pavillons et cours forment un vaste ensemble coloré où le rouge des colonnes côtoie le jaune (couleur de l’empereur) des tuiles vernissées sur les toits en pagode. Là encore, toutes les croyances chinoises sont exacerbées. De la protection contre les mauvais esprits s’expliquent les positions des constructions, comme les rebords des toits des pagodes, sensés rejeter tous maléfices et les seuils des portes à enjamber (les mauvais esprits ne peuvent pas le faire, ne sachant ni tourner, ni contourner).

muraille.jpg À une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Pékin se trouve le palais d’été. Il fut construit en 1888 par la légendaire impératrice Cixi, et fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco. C’est une visite agréable, et l’on se promène dans cette fameuse galerie couverte longue de 700 m, ornée de jolies peintures qui longe un lac entouré de verdure où les habitués et retraités, dans la lumière du matin, exécutent leurs doux et voluptueux mouvements de tai-chi.

À une cinquantaine de kilomètres au nord de Pékin, se trouvent les tombeaux Ming. On y accède par une très longue voie sacrée ornée de grandes statues du XVe siècle, de remarquable facture, représentant les animaux les plus importants pour les Chinois (lions, chameaux, éléphants, chevaux...) et d’autres extraordinaires (dragons...).

De là, on accède à la Grande Muraille, une construction très impressionnante qu’il est conseillé de visiter en dehors des grosses affluences touristiques. Un édifice gigantesque hors du commun (on le verrait de la Lune) qui serpente inlassablement en épousant le relief des montagnes, un lieu magique, riche en histoire, un souvenir inoubliable.

La construction de la Grande Muraille a été entamée sous la dynastie Qin, de l'an 221 à 206 av. J.-C., lors de l'unification de la Chine par le Premier Empereur Qin Shi Huang. Au début, moins haute qu’actuellement, il semble qu’elle avait simplement pour but de séparer les troupeaux des tribus voisines de ceux de l'Empire Chinois. C'est sous la dynastie Qing, (au XVIIIe siècle), qu'elle prit sa forme actuelle pour empêcher surtout les armées mongoles d'envahir la Chine.

La Grande Muraille est la plus longue construction humaine au monde environ 6 500 kilomètres. Sa largeur varie entre 5 et 7 m en moyenne et sa hauteur entre 10 et 15 m. Elle est ponctuée de tours de guet et de bastions sur toute sa longueur, et très impressionnante, notamment dans la partie que nous avons visitée, à Mutianyu, où s’expriment pleinement sa force et son symbolisme. Depuis 1987, la Grande Muraille est classée au patrimoine mondial de l'Unesco, et on le comprend.

Pdg_resto.jpg On part à Xian, en avion. À Xian, la fameuse armée enterrée vaut bien le détour, impressionnante certes quand on entre dans cette logique de protection “éternelle” qu’elle était sensée symboliser (démarche similaire pour les pyramides), sinon un rien lassante. Par contre, le quartier musulman de Xian est particulièrement intéressant, un ghetto dans la ville, foisonnant d’activités. On a quand même éviter de se jeter sur les brochettes, pourtant appétissantes, vendues dans la rue, nous contentant, pour changer, d’une dizaine de tasses de thé. C’est à Xian que nous avons le mieux mangé, ou, du moins, beaucoup apprécié la spécialité locale, les raviolis, présentés sous des dizaines de formes, vraiment remarquables. Excellentes bières, mais, dans ce domaine, c’était partout la même chose.

Pdg_resto.jpg Xian est également une ville historiquement artistique où la calligraphie joue donc tout son rôle, à côté du travail du jade. Elle est bien évidemment une création artistique exceptionnelle, qui nous tient à cœur et permet, pour un artiste, de communier intimement avec l'univers en s'imprégnant de son harmonie. C’est à Xian que l’on a été le plus en contact réel avec cet art à part entière. Le trait, qui est la base de la peinture et de la calligraphie chinoise, fait ressortir l’essence même des êtres représentés et leur donne “vie”. Tout entre en jeu, l’instrument, la grosseur du trait, sa position italique ou formelle, sa lisibilité, sa sensibilité, sa force... tout dépend du message que le poète veut y faire passer.

L’histoire de la calligraphie est particulièrement intéressante, puisque, comme celle de la peinture, elle est différente selon les périodes. L’exceptionnel musée de Shanghaï, à ne rater sous aucun prétexte, présente les œuvres des plus grands artistes, toutes singulières.

Xian-Shanghaï. Il vaut mieux arriver à Shanghai la nuit pour être tout-de-suite dans l’ambiance de cette forêt de buildings illuminés et scintillants. La ville est immense, et enchaîne immeubles ultra-modernes et quartiers vétustes, les uns en face des autres, à quelques mètres d’intervalles. Le musée de Shanghaï est fantastique, l’un des plus riches au monde avec de superbes collections de jade, de porcelaine, de bronze, de calligraphie, de peintures... On peut aller voir, pour faire plaisir à son guide, la “vieille ville” chinoise, un lieu très touristique mais, en fait, une simple réplique assez réussie des constructions anciennes et détruites depuis longtemps. Pas grand chose à retenir du “quartier français”, notamment de la partie visitée où les promoteurs de Hong-Kong, selon notre guide, ont fait une sorte de centre commercial chic et sobre à ciel ouvert. On s’ennuie donc vite à Shanghaï, surtout si l’on pense retrouver l’ambiance des paradis perdus chers aux intellectuels (américains, français, anglais...) de l’époque, à l’opium ou à Marlène Dietrich.

Le jardin Yu est intéressant mais un peu envahi de visiteurs, nous avons préféré le charme des jardins de Suzhou (à 3/4 d’heure en train de Shanghai, train rapide, confortable, à 2 étages, un monde fou puisque c’est le 1er moyen de transport du pays). Huit jardins sont classés au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco et conçus pour être admirés toute l’année. Ils illustrent parfaitement le raffinement et la démarche intellectuelle d’une certaine élite qui recréait l’illusion de la nature réelle au travers de décors, d’atmosphères : rocailles, étang, pavillon à thé, bateau immobile, galerie, perspectives, végétaux soigneusement disposés, rien n’est laissé au hasard alors que l’ensemble semble naturel, tout un art qui consistait à mêler l’homme (riche) avec les éléments (l’eau, la terre...), tout en le cachant des regards des curieux.

Conclusion : la Chine vaut-elle le détour ? Oui, certes oui, même s’il faut laisser du temps au temps et comprendre que ce pays gigantesque est toujours sous le poids d’une volonté politique forte. Ce pays fascine les occidentaux depuis toujours, cet “empire du milieu” secret, difficile d’approche. L’histoire du pays est intense, la magie y rejoint le pragmatisme, l'extrême richesse la pauvreté, la frénésie la nonchalance. C’est l’Orient.

La cuisine est en tout cas totalement différente de celle que nous connaissons ici, où l’on se rend compte que l’on nous sert en France des plats chinois très “occidentalisés”, standardisés. La vraie cuisine, celle du pays, est beaucoup plus diverse, raffinée (les chinois mangent beaucoup à table, au moins 5 ou 6 plats, en terminant par le poisson, beaucoup de soupes, pas de desserts), elle est spécifique à chaque province, ce qui peut conforter les passionnés de la cuisine chinoise, qui, comme la nôtre, s’adapte selon les us et coutumes de chaque territoire. C’est ce qui fait sa force, et notre faiblesse, car il n’y a pas beaucoup de place pour des vins comme ceux que nous élevons ici.

Notre vin en Chine, un marché (très) illusoire ?

À l’image de cette jeune chinoise époussetant les bouteilles de vin dans un restaurant, on constate vite, à Pékin ou à Shanghai, dans les hôtels ou le seul magasin de vin que notre guide a trouvé (on nous a interdit de prendre des photos et les tarifs) que le “turn over” est très faible. Même s’ils sont (très) nombreux, les chinois n’intègrent pas le vin dans leur consommation courante et même festive. Le jour de l’An, dans une réception dans un hôtel chic, tout le monde s’envoie des cotillons mais boit de l’alcool de riz ou de la bière. On a du mal à trouver un vin, et c’était un vin américain de moyenne gamme d’un négociant mondial. Les quelques vignobles que nous avons visités sont composés de vignes hautes et le vin rouge produit est douceâtre. Nous avons constaté, dans les différentes régions traversées, que l’on ne trouvait pas de vin, sauf dans les vitrines. Pas une bouteille sur une table de restaurant durant ces 12 jours, même occupée par des hommes d’affaires chinois ou des occidentaux. Les chinois aiment partager la table en famille ou entre amis, sortent beaucoup au restaurant et apprécient leur gastronomie abondante et très diversifiée, que l’on soit au nord ou au sud du pays. Ils ont l’art et la manière de marier à ravir le sucré, le salé, les herbes aromatiques, le porc, le poulet, les légumes, les poissons, les crustacés... Dans leur approche, leur cuisine se suffit à elle-même. On n’a besoin ni de sel, ni de vin.

Th__2.jpg Il est possible (pas sûr, car ce sera plutôt les alccols) que le vin devienne, à l’avenir, un signe extérieur de richesse. Les hommes d’affaires cherchent à se particulariser en adoptant les manières occidentales, nous l’avons vu avec les vêtements ou accessoires de modes de marques, prestigieuses, qui ont ouvert des boutiques immenses, plus belles que celles de Paris ! La jeunesse est certes désireuse de s’embourgeoiser, et cherche à copier la mode occidentale. Lorsqu’on parle d’Asie, beaucoup d’amalgames sont faits alors que chaque pays a son histoire et ses propres coutumes. À terme, si les Chinois boivent du vin un jour, ils boiront d’abord le leur...

En référence aux dégustations de vin, celle du thé est riche en rituels, un véritable art de vivre à la chinoise. Le thé vert est versé brûlant dans de petites coupes en porcelaine fine tenues avec trois doigts. On soulève à peine le couvercle juste pour retenir les feuilles et laisser le liquide s’écouler que l’on déguste par petites gorgées...

La bière est la boisson nationale, très prisée. La Quingdao ou la Linquan sont peu alcoolisées et très rafraîchissantes. Le vin ne fait pas partie de la culture traditionnelle chinoise qui lui préfère les alcools forts (Jiu). Le Maotai (53°) est réputé ainsi que le Daqu (55°) un alcool de sorgho et de blé et le Wuliangye du Sichuan, un alcool aux 5 céréales. Si vous préférez un alcool moins fort, goûtez à l’alcool de riz qui se déguste tiède (faut aimer). Le vin produit est plutôt sucré, évoquant un vin cuit du style Porto de bas de gamme. La Chine développe en partenariat avec Dragon Seal ou Dynastie, des vins de style occidental, assez chers et standardisés, que l’on trouve parfois dans les restaurants et hôtels. Quelques vins étrangers, mais c’est tout autant l’anecdote. En fait, il ne s’agit pas de ramener l’Asie à la Chine, tant les différences entre les pays orientaux sont sensibles. Vraiment pas fondamental, donc, de se précipiter dans les manifestations ou salons organisés dans ce pays...

Partis avec Voyageurs du Monde. Spécialiste Chine : William Shen. Itinéraire individuel très bien organisé. Pas de retard, et 4 guides francophones différents, dont 2 particulièrement efficaces et sympatiques, à Pékin et à Suzhou, avec, à notre demande, une “immersion” moins touristique, notamment dans les restaurants, la plupart typiquement chinois, grands ou modestes, toujours très bons, même si nous n’avons (forcément) pas tout apprécié.

mardi 28 août 2007

Concours gratuit : gagnez des bouteilles !

Gagnez des bouteilles :

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mardi 21 août 2007

Le Guide 2008 arrive en force

Ce que vous devez absolument retenir cette année

Alsace

Il existe une réelle convivialité des hommes de la région et leurs vins atteignent une typicité rare, procurant la joie du vin, à des prix qui ont tendance à monter. Attention à la complexité des terroirs, voire à l’amalgame entre des crus et des lieux-dits. Il faut rechercher la fraîcheur et la vivacité, au détriment de vins parfois trop souples, qui deviennent de plus en plus “douceâtres”. Les millésimes 2005, 2004, 2002 et 2001 sont savoureux, le 2003 a été plus délicat à vinifier (en Vendanges Tardives, misez sur les 2004, 2001, 2000, 97 ou 89).

Beaujolais

La force du terroir donne une réelle typicité à chaque cru, et les meilleurs vignerons s’évertuent à sortir de beaux vins, chacun représentatif du style de son appellation. Pour s’en apercevoir, il suffit d’objectivité, d’un minimum de connaissance du terrain, de modestie et de partager l’amour du vin comme le font les producteurs du Guide. Le 2006 est réussi mais délicat à maîtriser, le 2005 est très typé, le 2004 est un millésime dense et très aromatique, et le 2003, trop mûr, beaucoup moins intéressant. En Jura et Savoie, de nombreux coups de cœur, avec une gamme qui va de la plus grande fraîcheur à la plus grande complexité.

Bordeaux

Attention aux prix des grands crus 2005, il faut savoir choisir et ne pas se faire avoir.

- Dans le Médoc, la priorité, c’est de laisser s’exprimer son terroir, en respectant la vigne, en limitant les rendements, en pratiquant la lutte raisonnée, en laissant faire la nature… Il y a une dizaine d’années, le travail des vignes avait été délaissé dans certains grands crus, au profit de la vinification et d’expériences à outrance. Si les techniques modernes sont souvent remarquables, les propriétaires traditionnels continuent de faire ce qu’ils savent faire, en se servant des progrès mais sans masquer leur typicité. De Pauillac à Saint-Estèphe, de Moulis à Margaux, à Listrac comme à Saint-Julien, en Haut-Médoc et en Médoc, les coups de cœur sont nombreux. En parallèle, les prix très exagérés de certains vins renommés sont difficilement cautionnables, surtout pour le 2005. Misez sur les 2004 et 2002, voire 2001, très classiques, encore trop jeunes à boire, et faites-vous plaisir avec les 99, 97, 96 ou 90.

- Structure, charme, intensité, distinction, les plus grands vins de Pomerol sont particulièrement sensibles et marqués par leurs sols, très diversifiés. Ici, nul besoin de s’escrimer à vouloir abuser de la barrique neuve ou d’une surconcentration pour faire un grand vin, c’est le terroir qui prime, et signe la distinction. Les 2004, 2003 et 2002 sont très savoureux (le 2002 peut-être même supérieur), le 2001 remarquable, plus fin, le 2000, superbe.

- À Saint-Émilion, si certains se flattent ici d’élever des cuvées très “spéciales”, il faut plus que jamais tirer un coup de chapeau aux propriétaires de talent qui élèvent les véritables grands vins de Saint-Émilion, satellites compris, du plus grand des grands crus au plus modeste rapport qualité-prix. On partage avec les propriétaires retenus dans le Guide le plaisir du vin, la modestie face à la force de la Nature, et cette convivialité propre à la région. Beaux millésimes 2004 et 2001, éclipsés à tort par les 2003 et 2000. Quelques crus ont remarquablement réussi le 2003, d’autres beaucoup moins, notamment ceux qui sont trop “confiturés”. Un certain nombre de crus pratiquent des prix qui ne sont pas justifiés. Comme dans l’ensemble du bordelais, débouchez les millésimes 2000 à 90 en ce moment.

- Du plus grand vin au plus abordable, on savoure, du nord au sud de cette “entité” des Graves, une variété importante de styles de vins. Des crus réellement exceptionnels, issus des territoires de Pessac, Martillac, Léognan, mais aussi ceux de Podensac, Portets ou Saint-Morillon, certains d’entre eux, dans les appellations Pessac-Léognan comme dans celle des Graves, bénéficiant d’un remarquable rapport qualité-prix-plaisir. C’est le berceau des grands vins blancs de la région bordelaise, aux côtés de rouges puissants et typés. Mes dégustations en Pessac-Léognan comme en Graves, des millésimes 2005 à 2001, confirment mon Classement des valeurs sûres, celles où le talent des hommes s’associe à la race du terroir. Gare à certains prix néanmoins, comme à une concentration outrancière chez certains, au détriment de la typicité. Les blancs 2004, 2001, 2000, 98 ou 97 sont excellents.

- Il y a de tout dans ces appellations de Côtes, de grands vins racés et typés comme nous les aimons et d’autres cuvées qui font la part belle à des vinifications trop sophistiquées, peu propices à mettre un véritable terroir en avant. Il s’agit donc de savoir miser sur les hommes et les femmes qui le méritent, assumant la grande tradition bordelaise depuis des années. Misez sur les millésimes 2005 à 2000, avec l’opportunité du 2004.

- Mon soutien à l’appellation des Bordeaux Supérieur ne date pas d’hier. Mes dégustations des millésimes 2005 à 2000 confirment l’exceptionnel plaisir que procurent aujourd’hui ces vins, même si, comme ailleurs, la différence des terroirs et l’élevage sont toujours prépondérants. Attention également aux cuvées trop boisées ou trop concentrées (et bien trop chères), qui n’ont aucun intérêt. Les meilleurs tiennent la distance avec des millésimes 98 ou 96, excellents actuellement.

- A Sauternes, l’équilibre géologique et climatique de la région en fait un milieu naturel idéal pour cette fascinante biologie qu’est le Botrytis cinerea, ce minuscule champignon qui a le pouvoir d’augmenter la teneur en sucre des raisins, aidé par les brumes matinales des automnes qui précèdent un soleil chaud à midi, favorisant sa prolifération. Terroir oblige, les crus développent leur propre spécificité, certains très liquoreux, d’autres tout en finesse, et les prix sont largement justifiés quand on connaît les efforts et la patience des propriétaires. Plusieurs millésimes, en dehors du 2002 (où le plaisir est bien rare), comme les 2001, 99 ou 98 sont de toute beauté. Le 2003 est réussi, certainement moins typé, et le 2004 particulièrement savoureux et classique. Les plus grandes bouteilles à leur apogée sont aujourd’hui celles des millésimes 96, 95 ou 89, où l’on atteint le grand art.

Bourgogne

Ici, on ne s’excite pas à faire des vins “putassiers”, privilégiant ce qui doit l’être : le terroir et le fruit. L’altitude des vignes, l’inclinaison des pentes, la richesse des sous-sols en ressources minérales… Tout concourt donc ici, à faire la différence entre un bon vin et un vin sublime, et cela explique l’extrême diversité des grands vins bourguignons, qui leur donne cette typicité unique, où l’élégance prédomine toujours, en rouge comme en blanc. Élever un grand vin, en effet, c’est être aussi capable de le partager avec passion et humilité, et cela ne s’apprend pas. Voici donc ces vignerons talentueux et passionnés que je soutiens, pour lesquels il n’y a nul besoin de fioritures ni de vinifications “gonflées”, et dont les prix sont bien souvent largement justifiés, d’autant que les millésimes 2004, 2003, 2002, 2001, 2000 et 99 sont très savoureux. Exceptionnel 2004, en blanc comme en rouge, qui côtoie donc un 2003 atypique. Le grand 2005 suit le 2004, dans les 2 couleurs, et demande de la patience. Superbes bouteilles en blancs dans les millésimes 2000, 99, 95 ou 89, alors que les meilleurs rouges développent leur attrait dans les millésimes 99, 97, 89 ou 85. Attention, les prix remontent, et certains en profitent trop, ce quyi explique ma sévérité cette année.

Champagne

On est vraiment au sommet dans la région. Mon Classement est encore remanié cette année, avec des producteurs qui montent en grade… Cette hiérarchie vient toujours, et avant tout, récompenser les efforts accomplis, le talent des hommes et leur volonté qualitative. Un bon Champagne c’est charmeur, un grand Champagne, c’est toujours un plaisir exceptionnel, que l’on n’a d’ailleurs jamais pu copier ailleurs. Les hommes et les femmes, les assemblages et les terroirs font, là comme partout, toujours la différence. Certains “vieux” millésimes sont remarquables de fraîcheur et prouvent le potentiel d’évolution des meilleures cuvées. On trouve de remarquables cuvées à des prix très justifiés, dans toute la gamme, comparativement à d’autres appellations, et on comprend le sucès de la région.

Languedoc

Je soutiens les hommes et les femmes qui s’attachent à élever des vins typés par ces terroirs de garrigues, maîtrisant les rendements, respectant leur spécificité. Les terroirs ont le potentiel pour que l’on y élève tout naturellement de grands vins racés, sans vouloir copier telle ou telle appellation plus connue avec des cépages inappropriés. Pour certains, l’exagération des prix et certaines “renommées” bien trop récentes commencent à se dégonfler comme des baudruches. Les millésimes 2004 et 2003 sont réussis, les 2002 et 2000 savoureux.

Provence

Il faut savoir choisir la bonne adresse ici, se méfier des vins et des prix de “touristes”, et de la grande cavalerie des rouges et rosés de bas de gamme que l’on débouche parfois. Ceux qui comptent sont ceux de ces propriétaires qui laissent s’exprimer au mieux les grands cépages de la région (Grenache, Mourvèdre, Cinsault, Rolle, Ugni blanc…), dans ces terroirs complexes, argilo-calcaires, caillouteux, graveleux ou sableux. Eux élèvent des vins formidables dans toutes les appellations, en rouge, en blanc et en rosé. Idem pour la Corse. L’influence des millésimes est beaucoup moins marquée ici, et l’on peut estimer une très bonne série 2004, 2003, 2002 (un ton en-dessous) et 2001. Les blancs sont souvent remarquables, et les rosés reviennent à la tête de ce type de vin (2005 superbe).

Sud-Ouest

S’il s’agit de faire attention aux “microcuvées” qui apparaissent, pas typées et à des prix incautionnables, les meilleurs vignerons s’attachent ici à élever des vins racés comme nous les aimons. Les vins ont une réelle typicité, un potentiel de garde (beaux 99, 95 ou 86) où les cépages et les sols ont leur influence et une véritable présence historique. Les millésimes 2004, 2003 et 2001 sont des réussites. Quelques rapports qualité-prix-plaisir exceptionnels, en rouges, en blancs secs et en liquoreux (millésimes 2004, 2000, 95 ou 90).

Val de Loire

De la Touraine au Pays Nivernais, du Pays Nantais à l’Anjou-Saumur, la typicité s’allie à un rapport qualité-prix régulièrement remarquable et tout concourt au plaisir du vin. Les hommes élèvent des vins à leur image. Pour les blancs secs, de très grandes bouteilles en Pouilly-Fumé comme à Vouvray, à Sancerre comme à Savennières ou à Saumur. Les liquoreux sont exceptionnels, notamment en Coteaux-du-Layon ou Vouvray, et les rouges associent charpente et fraîcheur, du plus souple (Touraine, Bourgueil, Sancerre…) au plus charnu (Chinon, Saumur-Champigny…), des vins qui s’apprécient jeunes mais savent aussi garder la distance (remarquables 2000, 98 ou 95). Le millésime 2002 est très réussi en blancs, difficile en rouges, et les 2004, 2003 et 2001 sont savoureux. Beaux liquoreux en 2004, 2003 et 2001, et un millésime 2005 très typé, très prometteur.

Vallée du Rhône

De Vienne en Avignon, les vins rouges et les blancs, du plus prestigieux au plus méconnu, sont denses, racés et chaleureux, et, pour la plupart, bénéficient d’un très beau rapport qualité-prix-typicité. Viennent alors se rejoindre la convivialité, le terroir, et la main de l’homme, qui font toujours la différence. Le millésime 2003 est parfois très mûr, le 2002 a été très difficile à maîtriser, et le 2004 très classique, très réussi. Il faut aussi prendre le temps de conserver ces vins, car on débouche de grandes bouteilles actuellement dans des millésimes comme 98, 95, 90 ou 85, voir la Vintage Code ©, page 37.

© Voir le GUIDE DUSSERT-GERBER DES VINS DE FRANCE 2008 (Editions Albin Michel).

Voir aussi : www.patrick.dussert-gerber.com Et : www.guidedesvins.com

mercredi 4 juillet 2007

Le terroir signe les vrais vins

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Qu’on le veuille ou non, la France fait les meilleurs vins du monde ! C’est vrai pour les très grands crus (qui peut lutter avec une telle élégance ?) comme pour tous les autres (où trouve-t-on autant de plaisir et de diversité, dans les trois couleurs, dans une gamme de prix de 5 à 20 euros ?). Rien n’est venu tout seul : c’est, aux côtés de sols et sous-sols uniques, grâce à cette volonté historique des hommes et des femmes de nos vignobles. Et si la concurrence existe, elle est soit très chère, soit “sans âme ni vertu” ou aseptisée. Patrick Dussert-Gerber, depuis 27 ans, au travers de Millésimes et de son Guide, avec plus d’un million de lecteurs, défend passionnément ceux qui le méritent.

Brigitte Dussert : Certains négociants ou syndicats veulent simplifier les appellations françaises ?

Patrick Dussert-Gerber : S’en tenir à simplifier les étiquettes n’est pas la bonne solution. C’est trop facile de dire que le fait d’avoir trop d’appellations perturbe la compréhension du consommateur. Cela fait des siècles que l’on fait du vin en France, et des dizaines d’années que nous sommes les références mondiales, en quoi nos étiquettes et le nombre de nos appellations ont-elles gêné cela ?

Ce n’est pas parce que nos concurrents n’ont pas d’arguments sur la typicité que l’on doit faire pareil en “lissant” nos appellations. La complexité devient au contraire la manière de valoriser les consommateurs. Un amateur de vin, ce n’est pas un idiot : il a parfaitement le droit à la culture du vin. Plus on fait des vins simples, plus on prend le consommateur pour un imbécile, incapable de comprendre la spécificité de tel ou tel cru. Je ne partage pas cet avis.

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BD : Faut-il par exemple privilégier le nom des cépages sur l’étiquette ?

PDG : Mettre Chardonnay ou Merlot sur une étiquette n’a jamais été un gage de qualité en soi. Il y a des vins de Chardonnay qui sentent l’aubépine grâce à des levures, d’autres qui sentent la vanille par une surconcentration en barriques... et d’autres, heureusement, qui dégagent des nuances aromatiques similaires naturellement, grâce à leur sol ou à quelques années de vieillissement, selon les phases d’évolution. En France, on a des terroirs qui s’expriment d’eux-mêmes. Un Chardonnay australien ou languedocien, même s’il est bon, ne jouera jamais dans la catégorie d’un Meursault Perrières ou d’un Puligny La Garenne. Je doute également du bien-fondé des regroupements entre appellations qui risquent surtout de les dépersonnaliser encore plus. Se retrancher pour faire cela derrière la facilité de compréhension d’un consommateur-lambda pour “lisser” les appellations ou mettre en avant un nom de cépage sur l’étiquette me semble être une fuite en avant.

BD : Il faut donc encore plus développer l’effet terroir ?

PDG : Oui, plus que jamais, il faut continuer de communiquer sur les terroirs et d’ailleurs c’est ce que font les vignerons dignes de ce nom et qui nous font confiance. C’est grâce à la richesse et la complexité de nos sous-sols qui existent depuis des siècles que les vins français forcent l’admiration et font envie au monde entier. Il faut porter la bonne parole. J’aime bien la démarche de la campagne de communication des vins de Bourgogne qui explique -je schématise- à un dégustateur anglo-saxon pourquoi le terroir apporte des nuances d’arômes particuliers et spécifiques à un Bourgogne. Elle reflète ce que je fais depuis toujours. Pour faire comprendre notre différence à un consommateur français ou étranger, il faut expliquer que, sur quelques dizaines de mètres, on produit un vin différent d’un autre, à Chinon, à Pouilly-Fumé, en Beaujolais, en Alsace, à Gigondas, à Margaux ou à Vosne-Romanée... C’est notre grande force. Les champenois l’ont aussi bien compris puisqu’ils communiquent souvent sur des origines, des crus, des villages, des clos, alors qu’auparavant on ne parlait que d’assemblages et de vin de fête. Les alsaciens en font autant et beaucoup d’autres aussi, à Bordeaux comme en Languedoc. Tous ont compris qu’il faut se servir de notre hiérarchie exceptionnelle des appellations et des terroirs. Dans tous les vignobles français, on a la chance d’avoir de vrais terroirs historiques et il est donc tout à fait inconcevable qu’on “aseptise” les vins sans se servir de la puissance du territoire. La majorité des vignerons partagent mon opinion. C’est pour cela que nous nous soutenons mutuellement.En France, nous produisons des vins fabuleux, et il faut imposer cela ! Si un marchand de vin vous répond que c‘est trop compliqué, c’est parce qu’il ne veut pas fournir un effort supplémentaire pour expliquer le vin et l’histoire du lieu où il est produit, c’est plus simple et rapide en effet de se servir uniquement de la notoriété qui existe déjà. Mais le vin, cela mérite le respect. Il faut prendre le temps d’expliquer le travail du vigneron, de faire partager son plaisir.

BD : Quelle est notre force ?

PDG : C’est notre diversité. S’il est naturel que l’on fasse aujourd’hui des vins plus souples et moins astringents, il n’est pas nécessaire pour autant de les défigurer ? Il faut avoir confiance en son savoir-faire historique, la complexité géologique des sols, le talent de la majorité des vignerons français qui ont su profiter des progrès technologiques tout en respectant leur vin, sans le dénaturer. Pour expliquer le vin, le comprendre, justifier son prix et faire rêver les consommateurs, il faut tout simplement parler de la richesse et de la diversité de nos sols, de la délimitation stricte de nos terroirs, de leur rareté, de la multitude de nos cépages, des exigences qualitatives, des investissements dans les chais, leur montrer nos clos, les galets, le schiste, l’argile, les coccinelles au milieu des vignes, un viticulteur en train de travailler, parler d’arômes, de plaisir, des choses simples, élémentaires... Je crois aux “niches”, à la multiplication, à la complexité, pas à l’homogénéisation ni à la mondialisation du goût. Je pense que nos vins méritent bien au contraire de susciter justement l’intérêt, des questions, des comparaisons. Vouloir tout simplifier, c’est faire le jeu des vins qui n’ont pas de typicité, pas d’histoires, pas d’us et coutumes. On tuerait nous-même la poule aux œufs d’or. Et puis, faut-il rappeler aussi que, les exceptions confirmant naturellement cette règle, les vins français sont aussi à leur juste prix, car les vins étrangers qui ne sont pas chers sont souvent des vins sans personnalité qui correspondent à une gamme pratiquement inexistante dans les appellations françaises. Même si, bien sûr, il y a d’excellents vins partouts, il y a aussi, dans une gamme de prix de 4 ou 7 euros, il y a pléthore en France de bons vins, dans la Loire, à Bordeaux comme dans la Vallée du Rhône... qui sont à un bien meilleur niveau qualitatif, homogène, dans une gamme de prix équivalente, et, vous l’aurez compris, qui apportent cette plus-value essentielle des terroirs : l’originalité.Les vignerons que nous soutenons ont confiance en eux, en leur spécificité, en leur talent. Ils le disent, ils communiquent là-dessus, et on les aide pour clamer haut et fort de tels atouts. C’est nous qui jouons dans la catégorie des grands, ce sont nos vins que l’on veut copier, pas l’inverse. Chaque chose à sa place, et chacun à la sienne...”

lundi 28 mai 2007

Les cépages incontournables

Associé à un terroir et un microclimat, c’est le raisin ou cépage qui va donner toute sa personnalité à un vin, blanc, rouge, rosé, mousseux ou viné.

Dans la plupart des pays qui nous intéressent, deux grandes familles de raisins existent, le Vitis vinifera et le Vitis labrusca. En réalité, qu’ils soient nobles ou hybrides, améliorateurs ou grossiers, chaque cépage a sa raison d’être. Certains se plaisent dans les terres pauvres (mica, schiste) et les climats chauds (Syrah, Mourvèdre, Grenache, Cinsault, Zinfandel, Nebbiolo…), d’autres sont capables de s’adapter à des sols et des climats très différents comme le Chardonnay, le Cabernet-Sauvignon, le Riesling, le Merlot ou le Pinot Noir, préférant quand même pour s’exprimer comme ils le méritent des sous-sols complexes où la crasse de fer côtoie le calcaire, la silice ou les graves.

Les “vieux” pays producteurs de vins, notamment ceux de l’Europe, ont eu beaucoup plus l’expérience pour adapter les cépages qui leur conviennent le plus, région par région. Ce n’est pas un hasard si le Pinot noir est le maître incontesté de la Bourgogne, le Mourvèdre à Bandol, le Nebbiolo le roi du Barolo italien, ou le Rheinriesling, le seigneur du Rheingau allemand. Chacun a sa raison d’être, une logique, et correspond parfaitement à sa région. C’est d’autant plus incontestable quand on connaît l’histoire des vignobles, l’influence de l’Eglise et les habitudes gastronomiques.

Les autres pays comme la Californie ou l’Australie ont paré au plus pressé : planter les meilleurs cépages des autres vignobles pour pouvoir être concurrentiels. Si cela fonctionne bien dans la plupart des cas, on se rend parfois compte que ce sont souvent des cépages autres qui donnent à leurs vins leur authenticité. On le voit, planter du raisin ne doit rien au hasard, et invite à l’humilité en la matière, tant la Nature est omniprésente. LES PRINCIPAUX CÉPAGES BLANCS

ALBALONGA Croisement Rieslaner et Sylvaner en Allemagne.

ALIGOTÉ Il donne un vin franc, sec et fruité, en Bourgogne et en Bulgarie.

ALTESSE Frais et fin, très parfumé, c’est le cépage traditionnel de Savoie.

ALVARINHO Cépage du Vinho verde (Portugal).

ARINTO Bon cépage portugais.

ASSYRTIKO Cépage grec traditionnel.

BARCELOS Cépage du Dao.

BICAL Raisin blanc de Bairrada frais et fruité (Espagne).

BOUVIER Cépage autrichien, qui donne des vins assez neutres.

BUAL Le plus typé et le plus riche cépage de Madère.

CHARDONNAY Le roi bourguignon (et champenois), abusivement planté un peu partout. Très grand cépage, parfaitement adapté aux sols et climats de la Bourgogne, qui, produit incontestablement les plus grands vins blancs secs du monde. Planté dans un bon nombre de pays où il réussit bien comme en Australie, en Afrique du Sud, en Californie, à Chypre, au Canada, au Liban ou en Nouvelle-Zélande.

CHASSELAS Cépage de Pouilly-sur-Loire, du Valais (Suisse), du Canada, et de l’Australie.

CLAIRETTE Raisin riche en sucre, connu sutout pour les nombreux vins qu’il produit dans le sud de la France. On en trouve en Nouvelle-Galles du Sud (Australie), en Afrique du Nord et en Afrique du Sud.

COLOMBAR Raisin qui produit un vin maigre et acide, idéal pour la distillation du Cognac et de l’Armagnac. Aussi en Californie et en Afrique du Sud.

CHENIN BLANC Bon cépage, très prisé dans la Loire (Anjou…), bien équilibré en acidité, qui donne des vins francs et demi-secs, et convient aux vins de mousse de la région. Quelques bonnes réussites en Afrique du Sud, dans la Côte Centrale de Californie, au Mexique, et dans la Vallée de Sonoma.

ELBLING Cépage allemand utilisé surtout pour les vins mousseux. Egalement en Autriche, et en Californie.

FABER Croisement Weissburgunder et Müller-Thurgau cultivé en Allemagne.

FREISAMER Un croisement Sylvaner et Pinot gris, donnant un vin classique, assez neutre (Allemagne).

GARGANEGA BIANCO Cépage italien qui sert dans la production du Soave (Italie).

GEWURZTRAMINER Excellent raisin, très typé, très aromatique, qui donne des vins épicés, très caractéristiques en Alsace. On en trouve de très bons en Afrique du Sud, en Roumanie, en Hongrie et en Australie, et de plus courants au Canada ou en Grande-Bretagne.

GLORIA Un croisement Sylvaner et Müller-Thurgau, qui donne des vins frais et légers, manquant parfois d’acidité. On le trouve surtout en Allemagne.

GOUVEIO Variété de Porto blanc.

GRENACHE BLANC Bon cépage qui donne un vin ample et peu acide. France et Espagne, principalement.

GRUNER VELTLINER Bon cépage autrichien, où il donne des vins à la saveur fraîche et fruitée. Egalement en Hongrie.

GUTENBORNER Un croisement Müller-Thurgau et Chasselas (Allemagne).

HARSLEVELÜ L’un des principaux cépages du Tokay hongrois.

HUXELREBE Planté en Grande-Bretagne et en Allemagne. Vins modestes.

JACQUÈRE Cépage de Savoie.

LAIREN Le principal raisin blanc de Valdepenas (Espagne).

MACABEO Cépage espagnol (Catalogne) utilisé pour les vins mousseux. On le trouve également dans les vins blancs de La Rioja.

MALVOISIE Originaire de Grèce, il apporte structure aromatique et densité aux vins blancs. Il est important dans le Porto, dans La Rioja, en Navarre ou en Catalogne. Aussi exploité en Californie et à Chypre.

MANSENG Le Gros Manseng et le Petit Manseng, cultivés dans le sud-ouest de la France, donnent le légendaire Jurançon moelleux.

MARIA GOMES Le principal raisin blanc de Bairrada.

MARSANNE Excellent cépage s’il est cultivé comme il le mérite, qui donne des vins riches, pleins et gras; l’un des deux cépages qui servent à produire les rares vins blancs de Châteauneuf-du-Pape et d’Hermitage.

MAUZAC Bon raisin, très typé, avec une bonne acidité naturelle (Gaillac). Il convient d’ailleurs très bien aux vins “perlants”.

MELON DE BOURGOGNE Cépage du Muscadet.

MORIO-MUSKAT Croisement Sylvaner et Pinot blanc (Allemagne).

MOSCATEL Raisin à vin doux, qui donne un vin riche en arômes comme en alcool, au goût très typique.

MÜLLER-THURGAU Cépage créé à Geisenheim en 1882 par le Pr Hermann Müller, qui lui a donné son nom. Très typé, floral et frais, on le trouve très souvent en Allemagne, et, en moindre quantité, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

MUSCAT A PETITS GRAINS Cépage classique de l’Alsace et des vins de Muscat de Beaumes-de-Venise. Egalement au Liban.

MUSCAT OTTONEL Excellent raisin qui donne des vins superbes en Bulgarie et en Hongrie.

MUSCADELLE Cépage que l’on trouve encore en petite proportion dans les vignobles du sud-ouest de la France (Gaillac, Montravel, Bergerac, Bordeaux). Il peut pourtant apporter un “plus” certain aux cépages Sauvignon et Sémillon. Les autres pays où il s’adapte le mieux sont l’Australie et l’Afrique du Sud.

OPTIMA Un croisement Sylvaner, Riesling et Müller-Thurgau (Allemagne).

PALOMINO Le cépage classique du Xérès (Espagne). Egalement en Californie et en Australie, où les résultats sont encore moyens.

PARELLADA Raisin de Catalogne (Espagne).

PEDRO XIMENES Cépage traditionnel espagnol, pour le Xérès, que l’on retrouve au Maroc. On en cultive dans les pays qui font ce genre de vins comme en Californie, en Australie, en Argentine et en Afrique du Sud.

PERLE Un bon croisement Gewurztraminer et Müller-Thurgau cultivé en Allemagne.

PINOT BLANC Caractéristique de l’Alsace, un raisin qui donne des vins fleuris, frais et bien équilibrés. Quelques bonnes réussites au Chili, en Nouvelle-Zélande, au Canada, et aux États-Unis, et d’autres beaucoup plus relatives en Argentine ou au Chili.

POULSARD Méconnu, un excellent raisin propre au Jura, qui produit l’un des plus grands vins rosés (ou gris) de France, très aromatique, suave et persistant.

RABIGATO Portugal. L’un des cépages du Porto.

REICHENSTEINER Un croisement Müller-Thurgau, Madeleine angevine et Calabreser-Fröhlich (Allemagne).

RHODITIS Raisin grec, surtout employé pour le Retsina (Grèce).

RIESLANER Comme son nom l’indique, un croisement Sylvaner et Riesling (Allemagne).

RKATSITELI Bon cépage bulgare. Egalement en Californie et en Russie.

ROBOLA Bon cépage grec, riche en arômes.

ROUSSANNE Excellent cépage qui donne les rares vins blancs d’Hermitage et de Châteauneuf-du-Pape.

RIESLING Remarquable cépage qui peut atteindre les sommets en Alsace et en Allemagne (Rheinriesling). Très sec, très typé, très floral au nez comme en bouche, il s’adapte également parfaitement aux fameuses “vendanges tardives”, quand il est récolté à surmaturité. On en fait d’excellents en Afrique du Sud, en Californie, en Australie, en Hongrie et en Bulgarie.

SAUVIGNON Le raisin de prédilection des vins de Sancerre et de la Loire (Anjou…), très sec, très fruité, très frais. Il donne des vins plus ronds dans les régions plus “chaudes” comme le Bordelais ou dans les appellations du sud-ouest de la France. Allié au sémillon et vendangé tardivement, il donne les grands vins liquoreux (Sauternes). Très planté, on en trouve en Californie, en Australie, en Afrique du Sud, en Grèce, en Turquie, en Argentine et en Nouvelle-Zélande.

SAVAGNIN Le raisin du vin jaune du Jura, extrêmement typé, qui produit un vin d’une lente évolution.

SAVATIANO Raisin grec, qui entre dans l’élaboration du Retsina.

SCHEUREBE Bon croisement Sylvaner et Riesling, parfois assez neutre (Allemagne).

SCHONBERGER Un croisement Spätburgunder/Chasselas rosé/Muscat Hamburg cultivé en Allemagne.

SÉMILLON Remarquable cépage de référence des grands liquoreux bordelais (Barsac, Sauternes, Loupiac, Cérons…). Bien cultivé en Australie.

SEPTINER Bon croisement Gewurztraminer et Müller-Thurgau, qui produit un vin suave et parfumé (Allemagne).

SERCIAL Raisin traditionnel de Madère.

SYLVANER Cépage alsacien. Egalement en Autriche, au Chili, en Argentine, en Hongrie, en Turquie et en Californie.

UGNI BLANC Un raisin qui donne un vin franc, léger et assez neutre, idéal pour élaborer le Cognac. Egalement en Bulgarie, en Italie, au Brésil, au Chili, en Argentine, à Chypre, et en Australie.

VERDELHO Bon cépage de Madère (Portugal).

VERDICCHIO Raisin classique de l’Italie, qui donne un vin frais et léger, dans la région des Marches (Italie).

VIOGNIER Le cépage de l’appellation Condrieu. On en plante en vins de pays, en Languedoc, notamment.

VIURA Raisin espagnol qui produit des vins frais et fruités, à boire jeunes.

WURZER Croisement du Gewurztraminer et du Müller-Thurgau, exploité en Allemagne.

XARELLO Cépage utilisé dans l’élaboration des vins mousseux de Cava (Espagne).

LES PRINCIPAUX CÉPAGES NOIRS AGUA SANTA Cépage espagnol, coloré et riche en alcool.

ALVAREHAO Une variété de Dao aussi cultivée pour le Porto.

AZAL Cépage typique du Vinho Verde (Portugal).

BAGA Bon raisin portugais, corsé et aromatique, qui peut donner d’excellents vins de garde.

BARBERA Bon cépage italien, qui donne des vins classiques de la Péninsule, souples et fruités.

BASTARDO Raisin traditionnel du Porto et du Dao.

BLAUFRANKISCH Raisin assez neutre que l’on trouve en Autriche.

BORRACAL Cépage classique du Vinho Verde.

CABERNET FRANC Excellent cépage bordelais (surtout dans le Libournais), qui donne des vins très aromatiques. Regrettable qu’il soit systématiquement remplacé par le Cabernet-Sauvignon, notamment dans les autres régions bordelaises. Egalement en Bulgarie, à Chypre, en Californie et en Australie.

CABERNET-SAUVIGNON Ce cépage, la grande référence bordelaise, est souvent abusivement employé à tort et à travers dans le monde entier, faute d’originalité ou de qualité des terroirs. Assez résistant, il donne des vins tanniques, très structurés, riches, austères dans leur jeunesse, mais garants d’un potentiel d’évolution exceptionnel. De bons vins issus de ce cépage en Afrique du Sud, en Californie, au Chili et en Bulgarie.

CAMINA Bon croisement Portugieser et Pinot noir (Allemagne).

CANAIOLO NERO L’un des cépages du fameux Chianti (Italie).

CARIGNAN Raisin qui ne possède pas réellement ses lettres de noblesse dans le Languedoc, donnant un vin alcoolisé, manquant d’arômes. On le trouve également en Espagne, en Afrique du Nord, en Afrique du Sud et en Californie.

CASTELAO Raisin de Bairrada.

CINSAULT Bon raisin de la vallée du Rhône et de Provence, qui donne des vins fins, de belle robe, très aromatiques. Il s’associe parfaitement au Grenache et au Mourvèdre. Se plaît bien en Afrique du Nord comme en Afrique du Sud.

CORVINA Raisin italien, qui donne des vins puissants, intenses en couleur comme en structure.

DECKROT Un croisement Portugieser et Teinturier Färbertraube, cultivé en Allemagne.

GAMAY Le raisin qui donne toute sa mesure quand il est vinifié en macération carbonique (Beaujolais). De bons résultats en Bulgarie.

GARNACHA TINTA Cépage espagnol caractéristique, riche et alcoolisé.

GRACIANO Un autre bon cépage espagnol, qui donne des vins colorés et parfumés, bien tanniques.

GRENACHE Le raisin de prédilection des crus de La Rioja et des grands vins de Bandol, des crus de la vallée du Rhône, de l’Afrique du Nord et du Chili. Il apporte structure, puissance et concentration aromatique. Moins réussi en Californie ou en Argentine.

LAMBRUSCO Raisin typiquement italien, qui donne son nom au vin d’Émilie-Romagne.

MALBEC Dénommé aussi Cot ou Auxerrois, c’est le raisin classique des vins rustiques (dans le bon sens) du sud-ouest de la France, notamment à Cahors ou dans les Premières-Côtes-de-Bordeaux. Il donne des vins riches, colorés et tanniques, d’évolution relativement lente. De très bonnes réussites en Afrique du Sud comme en Australie.

MAZUELO Cépage espagnol, qui donne des vins puissants, bien équilibrés en tanins.

MERLOT Fragile, c’est la référence incontestable de la région libournaise (Pomerol…), où il atteint les sommets. Il produit un vin coloré, très aromatique, savoureux, intense au nez comme en bouche, de belle évolution. Egalement en Californie, en Afrique du Sud, en Australie et en Roumanie.

MONASTRELL Cépage espagnol que l’on exploite surtout dans les régions du Penadés et de Valdepenas.

MONDEUSE Le raisin classique savoyard, fin et fruité, léger, qui donne un vin très aromatique. On le trouve aussi en Suisse.

MOURISCO SEMENTE Raisin surtout cultivé à Porto.

MOURVÈDRE Excellent cépage des grands vins de la vallée du Rhône (Châteauneuf-du-Pape, Gigondas…) et de Bandol. Riche, puissant, très parfumé, il s’associe parfaitement au Cinsault et au Grenache. On le trouve également en Espagne.

NEBBIOLO Son nom provient du mot “nebbia”, qui désigne le brouillard d’automne italien. C’est le très grand raisin de la région piémontaise (le Barolo…), et d’une bonne partie des plus grands vins italiens, dont le Barbaresco. Très parfumé, suave, intense, il produit des vins de belle garde.

PALOMINO Le cépage de référence du Xérès (Espagne). Réussit bien à Chypre.

PETIT VERDOT Cépage du bordelais, qui réussit assez bien en Afrique du Sud, et au Chili.

PINOT MEUNIER Assez neutre, on le trouve surtout en Champagne.

PINOT NOIR Le roi bourguignon (et champenois). Richesse aromatique, intensité et suavité en bouche. Des vins de très belle évolution. Difficile d’en attendre autant quand on essaie de le planter ailleurs, même si les réussites sont réelles en Afrique du Sud, et, dans une moindre mesure, en Californie.

PRIMITIVO Bon cépage italien, qui donne des vins colorés et puissants.

RAMISCO Le cépage de Colares (près de Lisbonne), qui donne des vins riches en tannins, austères, très lents à se faire.

RONDINELLA Cépage italien (Valpolicella).

SANGIOVESE Principal cépage du Chianti. Il donne des vins souples et parfumés, de bonne évolution.

SOUZAO Très bon cépage de Porto, qui donne des vins riches en couleur comme en arômes.

SYRAH Originaire de Perse (Chiraz), c’est le raisin de référence des grands crus de la vallée du Rhône, notamment des Côte-Rôtie et Hermitage. Il donne des vins intenses, tanniques, concentrés, riches, très parfumés, d’excellente évolution. De belles réussites en Algérie, en Afrique du Sud, en Californie et en Australie.

TANNAT Originaire du Pays basque, il donne des vins tanniques et typés, de lente évolution (Madiran…).

TEMPRANILLO Bon raisin du Rioja, qui donne des vins intenses, riches et fins à la fois, de couleur soutenue (Espagne). Important en Argentine.

TINTA AMRARELA Cépage classique du Porto.

TINTA BARROCA Raisin qui produit un vin tannique et intense, surtout cultivé dans le Douro (voir Portugal). Bons résultats en Afrique du Sud.

TINTA CAO L’un des meilleurs cépages du Porto.

TINTORERA Cépage traditionnel de la région de Valdepenas.

TOURIGA NACIONAL Cépage classique du Porto, aussi utilisé dans le Dao, qui donne des vins puissants, concentrés en arômes comme en structure, de garde.

TROLLINGER Raisin du Wurtemberg (Allemagne).

VINHAO Raisin du Vinho Verde, coloré et très alcoolisé.

XYNOMAVREO Cépage grec qui produit le Naoussa.

ZINFANDEL Excellent cépage qui donne des vins savoureux et parfumés en Afrique du Sud et en Californie, certainement parmi les meilleurs vins de ces pays, avec une originalité qui leur est propre. Plus modeste au Canada et au Mexique.

dimanche 13 mai 2007

Les meilleurs vins européens

http://www.guidedesvins.com/images/pdg_blog.jpg

Mes voyages dans les vignobles européens m’ont permis de goûter tous les vins (et les alcools) que l'on y fait, les crus les plus connus pour mieux les savourer, mais aussi les vins totalement méconnus, mal connus, parfois difficiles d'approche, austères, faciles, trop corsés, les vins rouges demi-doux, les rosés qui pétillent, les blancs amers, ceux qui sont splendides, les autres qui sont bizarres...

Il a fallu rejeter tous les a priori, savoir pourquoi un vin espagnol était ainsi fait, excuser les rendements considérables de l'Allemagne ou de l'Autriche, me forcer à apprécier le Retsina grec (j'y suis parvenu), goûter un Fendant à Montreux, comprendre pourquoi l'Italie ne nous montrait jamais le potentiel qualitatif dont elle regorge, apprécier un Porto comme il le faut, etc, etc.

Une belle expérience de terrain, unique, libre, indépendante, sans la moindre complicité ou pression publicitaire (rien n'a été demandé aux producteurs sélectionnés, et ce n'est pas si courant, croyez-moi).

Le résultat, c'est que chaque pays fait un vin à son image, en fonction de ses habitudes alimentaires, de son histoire, de ses sols, de son climat et de ses cépages, et c'est bien normal.

Pourtant, la décennie 80 a été celle où un bon nombre de choses ont évolué, au risque de créer quelques ambiguïtés. En réalité, quelques professionnels, français et étrangers, des journalistes comme des acheteurs, des œnologues comme des producteurs, ont tenté de nous faire croire qu’ils élaboraient des vins “intellectuels” (si j’ose dire), laissant entendre que ceux auxquels nous étions habitués n’étaient plus d’actualité : on nous a chanté que les vins blancs australiens (dégustations “comparatives” obligent) étaient meilleurs que les grands crus de Corton-Charlemagne, de Soave ou du Rheingau, que des “soupes de chêne” pouvaient rivaliser avec les plus grands vins de Margaux, de Romanée, de Barolo, de Tignanello, de Rioja, que planter du Chardonnay en Italie ou en Ardèche, du Merlot ou du Pinot en Autriche, en Espagne ou dans le Languedoc allait permettre de faire des vins qui tiendraient tête aux plus grands des plus grands... bref, que seuls les nouvelles techniques ou l’élevage en barriques neuves étaient synonymes de qualité, et que “le terroir après tout, mon bon monsieur”...

Ceux-là croient encore que les amateurs n'en sont pas, ou sont des idiots.

Il y a de quoi rire. Les sensations que l'on éprouve quand on débouche un Brunello di Montalcino, un Beerenauslese du Rheingau, un Pauillac, un Rioja, vous croyez franchement que ce sont les mêmes que celles que procurent (est-ce bien le terme ? ) un rouge de Cabernet-Sauvignon d'Espagne ou un blanc de sauvignon autrichien (ou français) ?

Je passe sur les “soupes de chêne” auxquelles nous avons parfois droit, à ces vins qui se dessèchent au bout de deux ans faute de mieux...

Le vin, en tout cas celui qui nous intéresse, c'est autre chose. C'est toujours un moment de plaisir, de partage et d'art de vivre. Il faut rester passionné, subjectif, un rien rêveur dans ce domaine, laissant comme Apollinaire la place à l’imaginaire, en restant humain tout simplement, sans disséquer tout, sans chercher à tout prix à se distinguer du voisin, en parlant “produit, parts de marché, mode, régime, thermorégulation...”. Qu'il provienne de Toscane, de Navarre, de Rhodes, de Moselle ou de la vallée du Rhône, un beau vin, un vrai vin, ce n’est pas une boisson, et cela mérite mieux. Quand on voit les débats qu’engendrent les campagnes anti-alcooliques, cela me navre que l’on ne distingue pas le “Sang de la Terre et du Ciel” cher à Baudelaire, du vulgaire picrate que l’on avale sans soif. Et cela me choque que ceux qui vivent en faisant des vins-boissons soient les premiers à vouloir défendre leur bibine... Il ne faut pas confondre. Il existe les vrais vins et les autres, les premiers sentant leur terroir, les traditions, les us et coutumes de leur pays, apportant la notion même de civilisation. On s'en rend d'autant plus compte dans des pays historiques de la vigne et du vin comme la Grèce ou l'Italie.

Et puis, à Genève ou à Cadiz, à Chablis ou à Stuttgart, à Samos ou à Montepulciano, il n’y a pas de vin sans homme. Le divin breuvage a besoin d’être élevé, éduqué, chéri, par celui qui le fait comme par celui qui le goûte.

Soyez comme moi en ce domaine : insensible aux modes, à des dossiers de presse bien ficelés, ou à des campagnes de publicité envahissantes qui ne vantent que des vins sans vice ni vertu, en oubliant les hommes ou la force du terroir (et pour cause).

Il ne faut donc aimer et respecter que les vrais vins, ceux qui ont une âme et des parents (entendez des vignerons), qu’ils soient aristocrates ou paysans, qu’ils “couvent” un simple vin de pays ou l’un des plus grands crus de la planète. Il faut savoir rester fidèle à cela, et le faire partager.

Vous verrez que l'on fait des bons et des mauvais vins partout, ceux au travers desquels une tradition s'exprime, et ceux (hélas) qui ne nous apportent rien d'autre que de pouvoir les boire. Il s'agit donc de savoir choisir comme il le faut et de pouvoir avoir accès uniquement aux meilleurs, dans n'importe lequel de ces pays d'Europe.

Edito (extrait et remanié) du Guide des Vins d'Europe de Patrick Dussert-Gerber (Albin Michel).

Mes voyages dans les vignobles européens m’ont permis de goûter tous les vins (et les alcools) que l'on y fait, les crus les plus connus pour mieux les savourer, mais aussi les vins totalement méconnus, mal connus, parfois difficiles d'approche, austères, faciles, trop corsés, les vins rouges demi-doux, les rosés qui pétillent, les blancs amers, ceux qui sont splendides, les autres qui sont bizarres...

Il a fallu rejeter tous les a priori, savoir pourquoi un vin espagnol était ainsi fait, excuser les rendements considérables de l'Allemagne ou de l'Autriche, me forcer à apprécier le Retsina grec (j'y suis parvenu), goûter un Fendant à Montreux, comprendre pourquoi l'Italie ne nous montrait jamais le potentiel qualitatif dont elle regorge, apprécier un Porto comme il le faut, etc, etc.

Une belle expérience de terrain, unique, libre, indépendante, sans la moindre complicité ou pression publicitaire (rien n'a été demandé aux producteurs sélectionnés, et ce n'est pas si courant, croyez-moi).

Le résultat, c'est que chaque pays fait un vin à son image, en fonction de ses habitudes alimentaires, de son histoire, de ses sols, de son climat et de ses cépages, et c'est bien normal.

Pourtant, la décennie 80 a été celle où un bon nombre de choses ont évolué, au risque de créer quelques ambiguïtés. En réalité, quelques professionnels, français et étrangers, des journalistes comme des acheteurs, des œnologues comme des producteurs, ont tenté de nous faire croire qu’ils élaboraient des vins “intellectuels” (si j’ose dire), laissant entendre que ceux auxquels nous étions habitués n’étaient plus d’actualité : on nous a chanté que les vins blancs australiens (dégustations “comparatives” obligent) étaient meilleurs que les grands crus de Corton-Charlemagne, de Soave ou du Rheingau, que des “soupes de chêne” pouvaient rivaliser avec les plus grands vins de Margaux, de Romanée, de Barolo, de Tignanello, de Rioja, que planter du Chardonnay en Italie ou en Ardèche, du Merlot ou du Pinot en Autriche, en Espagne ou dans le Languedoc allait permettre de faire des vins qui tiendraient tête aux plus grands des plus grands... bref, que seuls les nouvelles techniques ou l’élevage en barriques neuves étaient synonymes de qualité, et que “le terroir après tout, mon bon monsieur”...

Ceux-là croient encore que les amateurs n'en sont pas, ou sont des idiots.

Il y a de quoi rire. Les sensations que l'on éprouve quand on débouche un Brunello di Montalcino, un Beerenauslese du Rheingau, un Pauillac, un Rioja, vous croyez franchement que ce sont les mêmes que celles que procurent (est-ce bien le terme ? ) un rouge de Cabernet-Sauvignon d'Espagne ou un blanc de sauvignon autrichien (ou français) ?

Je passe sur les “soupes de chêne” auxquelles nous avons parfois droit, à ces vins qui se dessèchent au bout de deux ans faute de mieux...

Le vin, en tout cas celui qui nous intéresse, c'est autre chose. C'est toujours un moment de plaisir, de partage et d'art de vivre. Il faut rester passionné, subjectif, un rien rêveur dans ce domaine, laissant comme Apollinaire la place à l’imaginaire, en restant humain tout simplement, sans disséquer tout, sans chercher à tout prix à se distinguer du voisin, en parlant “produit, parts de marché, mode, régime, thermorégulation...”. Qu'il provienne de Toscane, de Navarre, de Rhodes, de Moselle ou de la vallée du Rhône, un beau vin, un vrai vin, ce n’est pas une boisson, et cela mérite mieux. Quand on voit les débats qu’engendrent les campagnes anti-alcooliques, cela me navre que l’on ne distingue pas le “Sang de la Terre et du Ciel” cher à Baudelaire, du vulgaire picrate que l’on avale sans soif. Et cela me choque que ceux qui vivent en faisant des vins-boissons soient les premiers à vouloir défendre leur bibine... Il ne faut pas confondre. Il existe les vrais vins et les autres, les premiers sentant leur terroir, les traditions, les us et coutumes de leur pays, apportant la notion même de civilisation. On s'en rend d'autant plus compte dans des pays historiques de la vigne et du vin comme la Grèce ou l'Italie.

Et puis, à Genève ou à Cadiz, à Chablis ou à Stuttgart, à Samos ou à Montepulciano, il n’y a pas de vin sans homme. Le divin breuvage a besoin d’être élevé, éduqué, chéri, par celui qui le fait comme par celui qui le goûte.

Soyez comme moi en ce domaine : insensible aux modes, à des dossiers de presse bien ficelés, ou à des campagnes de publicité envahissantes qui ne vantent que des vins sans vice ni vertu, en oubliant les hommes ou la force du terroir (et pour cause).

Il ne faut donc aimer et respecter que les vrais vins, ceux qui ont une âme et des parents (entendez des vignerons), qu’ils soient aristocrates ou paysans, qu’ils “couvent” un simple vin de pays ou l’un des plus grands crus de la planète. Il faut savoir rester fidèle à cela, et le faire partager.

Vous verrez que l'on fait des bons et des mauvais vins partout, ceux au travers desquels une tradition s'exprime, et ceux (hélas) qui ne nous apportent rien d'autre que de pouvoir les boire. Il s'agit donc de savoir choisir comme il le faut et de pouvoir avoir accès uniquement aux meilleurs, dans n'importe lequel de ces pays d'Europe.

Edito (extrait et remanié) du Guide des Vins d'Europe de Patrick Dussert-Gerber (Albin Michel)

Et :

http://patrick.dussert-gerber.com/vins-dailleurs/

samedi 5 mai 2007

Le top des vins de Loire

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Dans ce Val de Loire, la force des sols est exacerbée par la volonté des hommes d’élever des vins racés, d’un remarquable rapport qualité-prix. En Sancerre comme en Saumur-Champigny, en Pouilly-Fumé ou en Muscadet, à Vouvray comme à Chinon, en Anjou ou en Touraine, on ne peut qu’apprécier ces vignerons simples et fiers, qui s’attachent à élever quelques-uns des plus grands vins blancs secs et liquoreux, des Crémants remarquables et des rouges typés, comme on les aime. De quoi se faire plaisir.

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Voir les meilleurs de l'année : http://www.millesimes.fr/classement.php?rech1=VAL-DE-LOIRE&rech4=Y

mercredi 18 avril 2007

Les 1000 meilleurs vignerons de France

Millesimes 2007 est sorti !!!

Après un tour de 6 mois dans la plupart de nos vignobles, des centaines de dégustations, des rencontres, des interviews... voici ce que l’on doit retenir cette année.

Accès direct aux meilleurs producteurs, région par région : http://www.millesimes.fr/

Accès direct aux Classements 2007 : http://www.guidedesvins.com/

ALSACE : les vins ont-ils évolué ?

L’Alsace est une région toujours aussi forte qui ne rencontre pas de difficulté particulière. Il faut quand même dire que, depuis quelques années, on dégustait des vins plus douceatres avec beaucoup moins d’acidité. Deux paramètres pour l’expliquer : soit c’est l’évolution climatique qui donne des vins plus doux et moins acides et là c’est logique dans des millésimes comme 2003 ou 2005, soit c’est une volonté délibérée ou une mode. Si c’est le cas, attention au risque de dépersonnaliser ces crus. Un Riesling ne doit pas être suave mais, au contraire, bien sec, et l’acidité est nécessaire pour l’équilibre et la typicité de ces vins. J’affectionne particulièrement l’Alsace (quelques origines d’Andlau), la bonne humeur des vignerons, le plaisir de pousser la porte d’un winstub, bref, celui de partager l’amour du vin. Je connais parfaitement le vignoble et il y a un bon nombre de producteurs que j’estime et soutiens depuis mon premier Guide, ce qui ne nous rajeunit pas (Gresser, Schléret, Hauller, Berger, Klein, Jung, Schaeffer-Woerly, Haegi, Rolli, Dussourt, Reinhart, Materne Haegelin...) et d’autres, découverts il y a une dizaine d’années comme Odile Weber, Ruhlmann, Beck, Engel, l’exemplaire Cave de Hunawihr... Et puis, comment résister à ces gouffres d’arômes que sont les Sélections de Grains Nobles et les Vendanges Tardives (issues particulièrement des Gewurztraminer Pinot Gris).

BEAUJOLAIS : les vins sont-ils reconnus comme ils le méritent ?

Paradoxalement, alors qu’un bon nombre critiquent cette région, c’est aussi celle qui fait beaucoup d’envieux avec cette extraordinaire réussite du Primeur, du vin nouveau, que, ni la Touraine, ni Gaillac ou les Côtes-du-Rhône n’ont pu contrarier. En Beaujolais, on parlait de crise mais ceux avec lesquels nous travaillons dans Millésimes ou qui nous envoient des échantillons pour le Guide s’en sortent bien, leurs prix sont très abordables, n’augmentent pas et cela prouve qu’ils conservent leur clientèle. C’est ce qui compte par dessus tout. Il me semble qu’enfin, en France, on a compris aussi que les Beaujolais pouvaient être des vins très charmeurs, très agréables mais aussi très typés et divers, des vins qui méritent d’être pris au sérieux, et pas uniquement des Primeurs à boire frais et jeunes. Là encore, il y a des incontournables : Franck et Georges Dubœuf, jalousés mais exemplaires, et un bon nombre de fidèles dont les vins, dans des appellations de Crus comme Juliénas, Moulin-à-Vent, Morgon ou Brouilly créeraient bien des surprises dans des dégustations “à l’aveugle”. On peut citer facilement Chavagnat, Mortet, Siffert, Miolane, Brisson, Chignard, Champagnon, Boisfranc, Lacarelle, Baronnat, Combe aux Loups, Clos du Fief, Pérelles, Py de Bulliat...

VAL DE LOIRE : la pérennité, sans péripéties.

Le vignoble de la Loire est très disparate car il est très étendu. Je connais bien, j’ai débuté ici.Pour les vins blancs, on retrouve les incidences de ces étés très caniculaires qui assouplissent les vins. Cela se ressent beaucoup moins à Sancerre, à Pouilly ou en Anjou, car le Sauvignon notamment sait conserver cettre fraîcheur qui fait sa spécificité. Un plaisir de dégustation que l’on ne retrouve jamais dans les vins étrangers souvent trop ronds et pas du tout rafraîchissants. Il y a bien sûr des différences qualitatives entre les différents vignobles. A Pouilly ou à Sancerre, ce sont des vignobles très intéressants mais qui doivent faire attention à ne pas galvauder leur notoriété, en produisant trop. Certains vins sont parfois surcôtés et il ne faudrait pas que la clientèle se demande, à un certain moment, si elle ne paye pas trop cher des vins qui ne le méritent pas. Je recherche toujours des bons rapports qualité-prix et vous trouverez les meilleures adresses dans les lignes qui suivent. Pour vous mettre en bouche, dans le Pays Nivernais, par exemple, on ne se trompe pas en poussant la porte de Thierry Redde, d’Henry Natter, des Pabiot, d’Alphonse Mellot, de Nicolas Brock, de Balland, Chevreau ou Pascal Gitton.

Toujours en blancs secs, quelques producteurs de Muscadet sortent toujours du lot, se refusant à trop arrondir leurs vins, respectant ainsi leur particularité (Dabin, Chéreau, Morilleau...), et un bon nombre d’autres élèvent de grands vins de Chenin ou de Sauvignon, aux environs de Tours, de Saumur et d’Angers (Brézé, Louet-Arcourt, Éternes, Chaise...). Ne pas oublier les Crémants et Saumur ou Vouvray, dont la locomotive incontournable est Patrice Monmousseau (Bouvet), suivi de quelques autres (Beauregard, Valmer...).

Dans le reste des appellations, par exemple, en Saumur-Champigny, Chinon... les vins restent à des prix très accessibles, ce sont des vins servis dans les restaurants grâce à leurs prix très attirants, leur qualité est certaine, les vignerons ont toujours fait des efforts, et ne sont pas rentrés dans l’engrenage de la surmaturation ou d’une surconcentration en barriques, restant fidèles à la typicité de leurs sols où se plaît parfaitement le Cabernet franc, et je les soutiens. Il suffit de citer Filliatreau, Pisani-Ferry, Buisse, Couly, Raffault, Jamet, Chaintres, Guilloterie... pour avoir des vins remarquables. Idem en Touraine (Marionnet, Mandard...), ou en Anjou-Saumur (Aupy, Paleine...).

L’autre grande force de la Loire (côté ouest), ce sont des moelleux et liquoreux de haute volée, qui, comme ceux d’Alsace, dament le pion aux “historiques” liquoreux bordelais qui ont eu tendance à s’endormir sur leurs lauriers. Vouvray, Quarts-de-Chaume, Bonnezeaux, Coteaux-du-Layon, autant de viviers pour exciter ses papilles avec des vins chaleureux, d’une très grande expression aromatique, de lente évolution, à des prix partticulièrement sages chez Chéné, au Clos de l’Epinay, à La Varière, L’Été, Aubert, Fardeau, Godineau...

BOURGOGNE : inattaquable pour ses vins blancs, mais on entend (et on lit) beaucoup moins d’amabilités sur les rouges. Qu’en-est-il ?

La Bourgogne est un cas à part car c’est un “petit” vignoble en France. Certes, la Bourgogne du sud dans le Mâconnais est une région assez grande mais quand on parle de la Bourgogne on fait plutôt référence à la Côte de Nuits et à la Côte de Beaune. Si l’on s’en tient donc à ces deux entités, je trouve que depuis 7 ou 8 ans les vins sont exceptionnels, que ce soit en blanc comme en rouge. On déguste des vins qui conservent cette puissance de rondeur, de souplesse et de suavité mais aussi cet équilibre avec l’acidité qui en fait des vins de longue garde.

Globalement les Bourguignons n’ont pas changé leur façon de faire le vin. Ils ont, bien sûr, évolué et se servent des techniques modernes, et c’est bien normal, mais les grands vins de Bourgogne sont quand même les mêmes que ceux que l’on goûtait il y a quelques années. Ils ont eu raison de ne pas se laisser tenter par les “sirènes” ou “confrères” qui leur demandaient de faire des vins avec plus de couleur, toujours plus concentrés... et on se rend compte que les clients acquiescent cette politique car les vins sont pré-vendus.

En blanc, c’est sûr, il n’y a aucune concurrence. Si besoin est, débouchez les flacons d’Ampeau, Antonin Guyon, Clos des Perrières, Prieur-Brunet, Carillon, Doudet-Naudin, Jaffelin, Darviot, Marey, Blondeau-Danne, Dubreuil-Fontaine, la majorité (vous lisez bien) à des prix particulièrement justifiés ou abordables. Idem à Chablis, avec des Grands et Premiers Crus très racés que l’on savoure chez Tremblay, Robin, Moreau, Geoffroy ou Laroche, toujours incontournables. Plus au sud, il y a la famille Vincent, à Fuissé ou Protheau à Mercurey, qui valent le détour. Beaucoup d’autres suivent, et sont retenus régulièrement dans mon Guide et Millésimes.

En rouge, certains pensent, en effet (et proclament, mais il faut pardonner l’ignorance), que les vins de Bourgogne ne font pas partie des plus grands vins du monde, ne parlant que de Bordeaux. Je suis intimement convaincu du contraire, quand on goûte des vins assez vieux (1976, 1989, 1996, 1997...) mais aussi les derniers millésimes, les vins sont très équilibrés, toujours assez légers en couleur mais c’est normal avec le Pinot noir. On ne plante pas du Grenache ou de la Syrah ici, et la couleur n’a rien à voir avec la qualité du vin, et encore moins avec son potentiel d’évolution. Franchement, n’y-a-t-il pas de quoi être heureux, dans toute la gamme, à tous les prix, avec les vins de Lamarche, Thomas-Moillard, Trapet, Rebourseau, d’Angerville, Clos des Lambrays, Esmonin, Monts-Luisants, Leclerc, Audoin, Prunier, Patriarche, Gerbet, Joliot... On se rend compte également que ceux qui commencent à boiser trop leur vin ne font que le dessécher, mais les cas sont minimes et proviennent surtout de quelques négociants beaunois, attirés par de bonnes notes de critiques, pour pouvoir exporter, comme les mouches par le miel.

VALLÉE DU RHÔNE : les vins sont bons et charnus.

C’est un grand vignoble, très étendu, et les vins sont très disparates. En crus comme à Châteauneuf-du-Pape par exemple, tout va bien, les vins sont cohérents quant au rapport qualité-prix qui est en accord avec la typicité et le potentiel d’évolution. Montredon, Quiot, Fortia, Mathieu... font des vins chaleureux, et, somme toute, très abordables quand on parvient à un tel niveau de qualité. Même si j’ai goûté ici de très bons vins depuis le premier Guide, les efforts se sont poursuivis également dans les appellations alentour, comme Gigondas, par exemple, où l’on se fait plaisir avec des vins à 10, 15 €, à Rasteau et à Visan, on trouve des vins formidables à des prix moindres. Vous remarquerez que ces appellations ont souvent pour fer de lance leur caves, ce qui en fait un bel exemple de solidarité qualitative et d’une motivation de toute la production.

Le Nord, avec Condrieu, Cornas, Saint-Joseph ou Côte-Rôtie, est également un vivier de beaux vins, bien que certains se soient orientés vers quelques cuvées trop puissantes ou trop marquées par le bois neuf, course à l’export oblige, encore hélas.

__PROVENCE : vers une remontée forte du rosé ? __ Ici, les vignerons ont la chance d’avoir un climat exceptionnel grâce au mistral. Ce qui a le plus évolué, c’est que l’on assiste à une belle remontée de la qualité du rosé. De gros efforts qualitatifs ont été fournis, et les rosés de Provence des propriétaires que nous connaissons (je ne parle pas de la “grande cavalerie”, toujours existante) sont redevenus des vins tout à fait intéressants avec une typicité en fonction de leurs cépages, de leurs appellations, et il y a une belle reprise de confiance des amateurs. Et là, en plus, il n’y a aucune concurrence au niveau mondial, car il n’y a rien de similaire ailleurs. L’appellation des Coteaux d’Aix en Provence va dans ce sens et l’on ne peut que l’encourager.

C’est donc un bon créneau, s’il tire vers le haut, mais qui ne doit surtout pas masquer pour autant les vins exceptionnels que l’on trouve (plus rarement) en rouge et en blanc. Passez à Bormes-les-Mimosas (Malherbe), à Taradeau (Rasque), à Bandol évidemment (Bronzo, Bunan, Olivette, Lafran-Veyrolles, Suffrene...), revenez en Côtes-de-Provence (Brégançon, Élie Sumeire, Jas d’Esclans, Sauveuse...) et vous aurez de quoi faire avec des vins complexes et charnus en rouges, suaves et vifs en blancs, qui demandent tous une cuisine raffinée et riche. Tous les vins de mes Classements sont à un beau niveau.

LANGUEDOC : est-ce toujours l’avenir ?

En Languedoc, on se cherche, et depuis bien longtemps. Faut-il faire du vin de table, du vin de qualité, planter, arracher, créer des micro vins, faire des vins de cépages, vendre de la marque Merlot ou Chardonnay (qui n’a pas grand chose à faire dans le coin) selon la cible potentielle, faire des produits pour les jeunes, pour les femmes, pour le 3e âge... La politique, les pouvoirs publics se mêlent et s’emmêlent depuis quarante ans, sans trouver de solution.

Ici, il y a également une crise sociale injustifiée à résoudre (comme à Bordeaux, on le verra plus loin) et il n’est pas excusable que le travail de centaines de producteurs ne soit pas rémunéré décemment. Ce n’est pas normal, et encore moins de dire que c’est de la faute des vins du “nouveau monde”.

Je ne soutiens pas non plus les regroupements massifs tentés ici ou là, à Bordeaux comme à Narbonne, qui vont sûrement profiter aux “gros” distributeurs, même si, et j’en suis conscient, on a également besoin des meilleurs d’entre eux pour écouler la production. Mais on peut vendre sans perdre son identité d’appellations ou de territoires. La nouvelle mention “Sud de France”, par exemple, si elle apporte peut-être un éclaircissement sur l’ensemble de la région, va à l’encontre de ce que je crois : développer les niches plutôt que d’amalgamer les appellations, en perdant ainsi le peu de lisibillité que l’on a, en gommant encore plus l’identité...

Le Languedoc, ce Sud de la France, ce n’est quand même pas une marque de négociant !

Sur un autre plan, je ne suis pas certain que l’on ait découvert l’eldorado, même si l’arrivée massive d’investisseurs et de bordelais a permis d’acheter des terres à bon prix et d’avoir quelques coupures de presse. De nombreuses cuvées spéciales sont trop “spéciales” justement, et cela engendre une dénaturation des vins, on goûte beaucoup de vins assez écoeurants, surboisés avec des micro-cuvées trop chères. Ce problème s’étend aux vins de cépages. Ne fait pas Daumas-Gassac qui veut.

Il n’y a donc pas de mystères dans la région, et les territoires sont connus. Les meilleurs producteurs élèvent des vins racés et typés, qui ont su conserver leur spécificité qui se dévoile au travers des cépages de la région, chacun s’exprimant au mieux selon les sols d’alluvions, d’ardoise, de schiste ou de calcaire, en bénéficiant d’un beau rapport qualité-prix. Vous les trouverez en Corbières (Grand-Caumont, Vaugelas, Simone Martinolle, Étang des Colombes...), en Minervois (Fabas, Blomac, Villerambert-Moureau, Barroubio...), en Coteaux du Languedoc (Cave de Roquebrun, Mire-l’Étang, Saint-Martin des Champs...) et en (rares) vins de pays.

SUD-OUEST : calme plat

J’aime bien ces vins.Ils sont bons, abordables (pas tous, il y a des cuvées à prix vraiment déments, je les oublie dans mes écrits). Par contre, on sent une sorte d’inertie parmi les viticulteurs ou la profession, on ne sait pas si c’est passager mais on n’entend pas beaucoup parler de Fronton, de Cahors, de Bergerac, de Gaillac, de Jurançon ou de Madiran, qui manquent de visibilité. On voit de temps en temps de grandes affiches dans les rues des vins de Bergerac, un dossier de presse sur Gaillac, un autre sur le Cahors “primeur”...

Là encore, on s’est “regroupé”, soi-disant pour avoir les moyens de sa promotion. ?On attend de voir, et chaque syndicat fait ce qu’il veut. Ce qui compte, c’est de frapper à la bonne porte, ceux que nous soutenons depuis longtemps sont toujours à la tête de leur appellation, ont confiance dans leur gamme, et nos Classements sont assez parlants.

CHAMPAGNE : tout va très bien !

C’est la région qui a le mieux travaillé depuis 20 ans, les grandes maisons certes, mais ce sont surtout les producteurs qui ont le plus développé la qualité et leur image. Il existe une vraie entente cohérente entre grande maisons et viticulteurs, même s’il y a des jalousies, ils savent se respecter, négocient, régulent le marché...

Le résultat est probant, la Champagne est la seule appellation mondiale sans concurrence qui est en croissance extrêmement forte, qu’elle va poursuivre. Aucun Cava, ni mousseux, français ou étranger ne peut lutter qualitativement et en terme d’image avec le Champagne.

Ici, il y a également une notion de Cru, de terroir, ce qui n’existait pas auparavant, car on parlait plus de l’assemblage, qui demeure bien sûr un paramètre important.

Le Champagne a démontré que ce n’est pas uniquement un verre rempli de bulles mais qu’il y a une vraie typicité, une différence entre un Chardonnay planté au Mesnil-sur-Oger et un autre à Bouzy. C’est une force formidable que la Champagne ait compris que l’impact de son sol était à mettre en avant, qu’il ne s’agissait plus uniquement de vendre un vin de fête mais aussi un vin de table. Nous, cela fait des années, que nous le savions, nous avons suivi et soutenu l’évolution des vignerons champenois bien avant que leurs ventes ne se soient autant développées. Je me souviens que, beaucoup de professionnels, s’étonnaient, à l’époque, lorsque, dans mes classements, je plaçais en premier, parfois à côté de grandes maisons historiques, des vignerons totalement inconnus qui sont maintenant respectés dans le monde entier.

Tout a changé ici.

En gros, il reste une poignée de maisons familiales et exceptionnelles (Roederer, Pol Roger, Taittinger, Gosset, Thiénot...), d’autres, tout aussi respectables, intégrées dans des groupes (Philipponnat, Piper et Charles Heidsieck, Krug, Ruinart, Laurent-Perrier...), des coopératives de premier plan (Devaux, Vincent d’Astrée, Collin, De Castelnau...) et il y a une véritable explosion qualitative de la propriété (De Sousa, Peters, Ellner, De Telmont, Mignon, Bara, Geoffroy... et beaucoup d’autres).

BORDEAUX : la crise, les classements et la frime...

À Bordeaux, il faut faire des distinctions.

Il y a d’abord une dizaine de vins mythiques d’un niveau qualitatif exceptionnel mais très chers. Il est difficile d’en parler comme d’autres vins, car on entre dans le monde du luxe où l’image et la rareté comptent beaucoup.

Il y a ensuite la masse des grands crus classés, dont certains, beaucoup moins prestigieux, plus à la mode (pas mal de vins surbarriqués sont dans le lot), ont atteint des prix incautionnables, car, pour ceux-là, il est toujours question de rapport qualité-prix, ne leur en déplaise. Force est de constater que l’on retrouve ces bouteilles de moins en moins dans la restauration française et dans nos caves, leur prix devenant un frein réel. Ces vins-là, à forte valeur ajoutée, sont vendus majoritairement à l’export, délaissant, à tort, le marché français. Je me demande quelle serait la réaction du Japonais qui a sa cave remplie de ces vins-là, et ne les verrait pas en France.Il pourrait se demander s’il ne s’est pas fait avoir ?

Heureusement, il y a les très grands vins, très classiques, où l’élégance prédomine (Léoville-Barton, Montrose, Calon-Ségur, Lynch-Bages, Brane-Cantenac, Rauzan-Segla, Rauzan-Gassies, Desmirail...).

Dans le Libournais, on est toujours dans l’expectative. D’un côté les vrais grands vins marqués par des territoires que personne ne peut nier, de Petrus à de nombreux autres crus d’une typicité exceptionnelle, dans une gamme large, où l’élégance s’allie à la structure, selon les sols et rien d’autre, sans artifices (Magdelaine, Bélair, Certan de May, Lamarzelle, Beauregard, La Croix, Laroque, Guadet, Balestard...).

En face, il y a des vins bien différents (particulièrement à Saint-Émilion ou en Côtes-de-Castillon), beaucoup trop boisés, trop concentrés, desséchés, qui n’ont aucun intérêt mais nous ne parlerons pas d’eux, tant ils sont encensés de facon indécente par des “gourous” français ou étrangers.

À quoi bon créer des vins écœurants comme de l’encre, faire des “produits” à 15° quand la région bordelaise a, depuis toujours, su faire primer la distinction.

J’ai débuté avec des “pointures” mondiales comme Jacques de Loustaunau, Émile Peynaud, Ribéreau-Gayon, ils s’attachaient tous à défendre cet atout essentiel de Bordeaux : élever de grands vins capables d’associer la puissance et l’élégance, et la durée dans le temps. Jean-Claude Berrouet (œnologue de Petrus, entre autres) est dans la lignée.Il signe quelques-uns des plus grands vins du monde et sait que la (grande) qualité n’a rien à voir avec un élevage outrancier en bois neuf, ni à des artifices techniques.

Le marché intermédiaire (8 à 20 €) est un formidable vivier, qui fait la force de Bordeaux, dans toutes les appellations, aussi bien dans le Médoc, à Saint-Émilion, ses satellites, que dans les Graves ou les Côtes... On a plaisir à déguster des vins typés, très bien faits, qui bénéficient d’une belle série de millésimes grâce aux étés chauds, donnant des vins savoureux plus faciles à boire rapidement mais aussi d’un beau potentiel de garde.

Les 2004 et 2001 sont des millésimes que j’affectionne particulièrement, un peu à l’ombre des grands millésimes médiatiques et c’est dommage, car ils sont l’archétype classique du bordelais, où la finesse prédomine, des vins très prometteurs. Les viticulteurs font des efforts de qualité, sont efficaces, travaillent bien dans leur chai mais aussi à la promotion de leurs vins, car il ne s’agit pas de ne faire que bon, il faut le faire savoir.

La majorité élève ces vins dans la grande tradition bordelaise.

Il y a également une région où les vins sont exceptionnels, Pessac-Léognan, avec des crus envoûtants, en blanc comme en rouge. À Pomerol, les vins sont restés très typés, cela correspond aussi à la mentalité des propriétaires qui respectent leur terroir et ne se complaisent pas dans l’esbroufe. Saint-Émilion est une appellation qui fait encore parler d’elle avec un classement qui fait sourire (pour ne pas dire plus), tant des déclassements restent incompréhensibles, c’est navrant.

Cela amène le consommateur à penser qu’à Bordeaux on parle trop de classements, de jalousie, de prix, de frime et pas assez de qualité intrinsèque du vin et cela porte tort à toute la région, même aux Bordeaux les plus modestes.

Ajoutez à cela une vraie crise sociale snobée par quelques propriétaires et négociants qui préfèrent aller chercher ailleurs ce qu’ils devraient promouvoir venant de leur région.

En fin de compte, on se moque de savoir si un cru est classé ou non, que les Côtes soient réunies ou pas, ce qui importe, c’est ce qu’il y a dans la bouteille et le rapport qualité-prix-plaisir ! Ce qui compte, c’est de prendre du plaisir.

dimanche 25 mars 2007

Petrus, Hosanna, Certan-Marzelle, Magdelaine 2004...

Je vous l’avais promis, la voici, la voilà comme dirait Guillaume Durand : une rarissime dégustation des crus de la famille Moueix, millésime 2004, organisé par les Ets Jean-Pierre Moueix, avec Edouard Moueix (le fils de Christian Moueix) et mon ami Jean-Claude Berrouet, l’homme qui “signe” quelques-uns des plus grands crus de Bordeaux, et donc du monde. Douze vins, du plus mythique (Petrus, de Jean-François Moueix) aux plus exceptionnels (Magdelaine, Trotanoy, Certan-Marzelle…).

Voir la dégustation : http://patrick.dussert-gerber.com/

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mercredi 21 mars 2007

Le top 2007 des vins de Loire

Le Classement regroupe les vins d’Anjou-Saumur, de Touraine, du Pays Nivernais et du Pays Nantais… Du Sancerre au Muscadet, du Coteaux-du-Layon au Pouilly-Fumé, du Vouvray à Saumur, la région est riche en terroirs et en saveurs, du blanc sec racé à des liquoreux de haute volée, et des vins de mousse tout en finesse. Tous ces vins sont très typés par des sols spécifiques (silex, schistes…) où des cépages très appropriés (Sauvignon, Chenin…) se complaisent à merveille.

Voir les meilleurs vins de l'année : http://www.millesimes.fr/classement.php?rech1=VAL-DE-LOIRE

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mercredi 14 mars 2007

L’anthologie du vin

L’ANTHOLOGIE DU VIN

L’univers tout entier concentré dans ce vin. Apollinaire

Boire du vin, c’est boire du génie. Baudelaire

Partons à cheval sur le vin. Baudelaire

N’est-il pas raisonnable de penser que les gens qui ne boivent jamais le vin sont des imbéciles ou des hypocrites, des imbéciles, c’est-à-dire ne connaissant ni la nature, ni l’homme, etc., des hypocrites, c’est-à-dire des gourmands honteux, des fanfarons de sobriété, buvant en cachette ou ayant quelque vie occulte… Un homme qui ne boit que de l’eau a un secret à cacher à ses semblables. Baudelaire

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dimanche 4 février 2007

Les vins libanais

C’est certainement d’ici que la vigne a su se propager dans tout le bassin méditerranéen.

Le cours mystérieux de l’histoire nous ramène en effet en ce lieu privilégie où le suc de la vigne fut toujours recueilli. Après le déclin de Rome, le Christianisme prit la relève : du miracle des noces de Cana jusqu’à Byzance qui répandit dans le Proche-Orient, à travers la Békaa fertile, la culture de la vigne et l’usage sacré du vin. En 1857, les Jésuites acquirent la propriété de Ksara, ainsi dénommée pour avoir servi de “Ksar” ou Castel Franc. Implanté autour du premier observatoire en date du Liban, le fameux vignoble qui est entretenu donne la prestigieuse lignée de vin perpétuée jusqu’à aujourd’hui. Déjà, Gérard de Nerval témoigne que ce couvent possède un vin célèbre : le “Vin d’Or”. A la suite du Concile Vatican II, les Jésuites durent se désister de leurs entreprises commerciales.

Les vignobles profitent d’un contexte très propice à leur culture. Presque toute la période végétative se faisant sans pluies, peu de maladies peuvent se développer. Les raisins proviennent de quatre terroirs, tous situés dans la région de la Békaa : Ksara, Taanaïl, Mansoura et enfin Kanafar et Kefraya. Des cépages nobles tels que Sauvignon, Chardonnay, Grenache, Malvoisie, Muscat, Cabernet-Sauvignon, Cinsault, Carignant, Ugni blanc, Sémillon, Clairette, Syrah, Merlot et Mourvèdre sont cultivés sur ces terres.

A lire : http://blog.vins-du-monde.info/

Incontournable

http://www.vinsdusiecle.com/images/pdg.jpg Patrick DUSSERT-GERBER défend le terroir et la typicité : ses Classements des 1000 vrais vins typés, du plus grand au plus modeste, sont la référence. Aux côtés de la quarantaine de sites et blogs qu'il gère aujourd'hui sur Internet, il est, depuis près de 30 ans, certainement l’auteur français le plus important et prolifique dans le domaine du vin. Il a signé plus d’une trentaine de livres.

Voir sa bio : http://patrick.dussert-gerber.com/ma-biographie/

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samedi 3 février 2007

Les mots pour en parler

Savez-vous que notre breuvage magique préféré est aussi l’un des plus extraordinaires aliments qui puissent exister? Rouge ou blanc, le vin est un liquide formé d’eau qui contient en dissolution ou en suspension la plupart des grandes fonctions de la chimie organique. Si son élément essentiel est l’alcool éthylique qui se transforme au cours de la fermentation, les phosphates et les lipides côtoient les vitamines, les glucides ou les éthers et font de ce produit fermenté (bien avant le pain et le fromage) un élixir de longue vie qui entretient notre corps régulièrement si l’on préfère déguster que boire à tout va. En bouche, plusieurs facteurs et caractéristiques ont leur influence : la nervosité, plus ou moins exprimée par son acidité, comme l’équilibre, la structure le seront par sa base tannique, sa richesse en alcool, le tout formant un équilibre des saveurs, harmonieux ou non, entre l’alcool, le tanin et l’acidité.

Voir aussi : http://patrick.dussert-gerber.com/le-vocabulaire-du-vin/

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Les vins du Canada

S’étendant de la frontière américaine jusqu’à la baie d’Hudson, sur plus de un million de kilomètres carrés, l’Ontario est une contrée de lacs et de forêts, qui tire son nom d’un vieux mot iroquois signifiant “les eaux brillantes”.

La législation vinicole La Vintners Quality Alliance (VQA) est au Canada ce que l’AOC est à la France, la DOC à l’Italie, le QMP à l’Allemagne. Elle reconnaît trois régions viticoles distinctes au Canada -les provinces de la Colombie-Britannique, de la Nouvelle-Ecosse et de l’Ontario.

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vendredi 2 février 2007

Le secret des liqueurs

Les liqueurs de fruits

Les liqueurs de fruits, obtenues par macération des fruits dans l’alcool durant plusieurs mois, stabilisation par le froid et addition de sirop, sont les plus riches en vitamines (gare au régime). La plus célèbre est la crème de cassis, que l’on mélange à tort et à travers avec du vin blanc en la proposant sous le nom de Kir, sans préciser que le véritable Kir, celui du Chanoine, ne se préparait qu’avec du Bourgogne aligoté. Les autres ne méritent que le nom de vin blanc-cassis. Goûtez-la aussi seule, pour elle-même.

Le Cherry Brandy, obtenu par macération de cerises dans de l’alcool pratiquement pur, tient la dragée haute aux autres liqueurs issues de framboises, prunes ou mirabelles. Il faut le boire pur dans un verre frais, comme la plupart des digestifs à base de fruits rouges. En Suisse, on n’hésite pas à rajouter des arômes de chocolat pour proposer un “Chéri Suisse”, dont l’exploitation du nom semble manifeste. A ce propos, les contrefacteurs sont nombreux. La palme revient à la Maison Suze (liqueur de Gentiane, à boire surtout en apéritif), qui, depuis près de deux cents ans, voit sa bouteille (caractéristique pourtant) outrageusement galvaudée. Qu’elle se rassure, comme certains bijoutiers et couturiers, on ne copie que ce qui peut en valoir la peine, et c’est une manière comme une autre de faire parler de ses produits (souvenez-vous de sa publicité).

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