Encyclopedie Mondiale des Vins

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lundi 28 mai 2007

Les cépages incontournables

Associé à un terroir et un microclimat, c’est le raisin ou cépage qui va donner toute sa personnalité à un vin, blanc, rouge, rosé, mousseux ou viné.

Dans la plupart des pays qui nous intéressent, deux grandes familles de raisins existent, le Vitis vinifera et le Vitis labrusca. En réalité, qu’ils soient nobles ou hybrides, améliorateurs ou grossiers, chaque cépage a sa raison d’être. Certains se plaisent dans les terres pauvres (mica, schiste) et les climats chauds (Syrah, Mourvèdre, Grenache, Cinsault, Zinfandel, Nebbiolo…), d’autres sont capables de s’adapter à des sols et des climats très différents comme le Chardonnay, le Cabernet-Sauvignon, le Riesling, le Merlot ou le Pinot Noir, préférant quand même pour s’exprimer comme ils le méritent des sous-sols complexes où la crasse de fer côtoie le calcaire, la silice ou les graves.

Les “vieux” pays producteurs de vins, notamment ceux de l’Europe, ont eu beaucoup plus l’expérience pour adapter les cépages qui leur conviennent le plus, région par région. Ce n’est pas un hasard si le Pinot noir est le maître incontesté de la Bourgogne, le Mourvèdre à Bandol, le Nebbiolo le roi du Barolo italien, ou le Rheinriesling, le seigneur du Rheingau allemand. Chacun a sa raison d’être, une logique, et correspond parfaitement à sa région. C’est d’autant plus incontestable quand on connaît l’histoire des vignobles, l’influence de l’Eglise et les habitudes gastronomiques.

Les autres pays comme la Californie ou l’Australie ont paré au plus pressé : planter les meilleurs cépages des autres vignobles pour pouvoir être concurrentiels. Si cela fonctionne bien dans la plupart des cas, on se rend parfois compte que ce sont souvent des cépages autres qui donnent à leurs vins leur authenticité. On le voit, planter du raisin ne doit rien au hasard, et invite à l’humilité en la matière, tant la Nature est omniprésente. LES PRINCIPAUX CÉPAGES BLANCS

ALBALONGA Croisement Rieslaner et Sylvaner en Allemagne.

ALIGOTÉ Il donne un vin franc, sec et fruité, en Bourgogne et en Bulgarie.

ALTESSE Frais et fin, très parfumé, c’est le cépage traditionnel de Savoie.

ALVARINHO Cépage du Vinho verde (Portugal).

ARINTO Bon cépage portugais.

ASSYRTIKO Cépage grec traditionnel.

BARCELOS Cépage du Dao.

BICAL Raisin blanc de Bairrada frais et fruité (Espagne).

BOUVIER Cépage autrichien, qui donne des vins assez neutres.

BUAL Le plus typé et le plus riche cépage de Madère.

CHARDONNAY Le roi bourguignon (et champenois), abusivement planté un peu partout. Très grand cépage, parfaitement adapté aux sols et climats de la Bourgogne, qui, produit incontestablement les plus grands vins blancs secs du monde. Planté dans un bon nombre de pays où il réussit bien comme en Australie, en Afrique du Sud, en Californie, à Chypre, au Canada, au Liban ou en Nouvelle-Zélande.

CHASSELAS Cépage de Pouilly-sur-Loire, du Valais (Suisse), du Canada, et de l’Australie.

CLAIRETTE Raisin riche en sucre, connu sutout pour les nombreux vins qu’il produit dans le sud de la France. On en trouve en Nouvelle-Galles du Sud (Australie), en Afrique du Nord et en Afrique du Sud.

COLOMBAR Raisin qui produit un vin maigre et acide, idéal pour la distillation du Cognac et de l’Armagnac. Aussi en Californie et en Afrique du Sud.

CHENIN BLANC Bon cépage, très prisé dans la Loire (Anjou…), bien équilibré en acidité, qui donne des vins francs et demi-secs, et convient aux vins de mousse de la région. Quelques bonnes réussites en Afrique du Sud, dans la Côte Centrale de Californie, au Mexique, et dans la Vallée de Sonoma.

ELBLING Cépage allemand utilisé surtout pour les vins mousseux. Egalement en Autriche, et en Californie.

FABER Croisement Weissburgunder et Müller-Thurgau cultivé en Allemagne.

FREISAMER Un croisement Sylvaner et Pinot gris, donnant un vin classique, assez neutre (Allemagne).

GARGANEGA BIANCO Cépage italien qui sert dans la production du Soave (Italie).

GEWURZTRAMINER Excellent raisin, très typé, très aromatique, qui donne des vins épicés, très caractéristiques en Alsace. On en trouve de très bons en Afrique du Sud, en Roumanie, en Hongrie et en Australie, et de plus courants au Canada ou en Grande-Bretagne.

GLORIA Un croisement Sylvaner et Müller-Thurgau, qui donne des vins frais et légers, manquant parfois d’acidité. On le trouve surtout en Allemagne.

GOUVEIO Variété de Porto blanc.

GRENACHE BLANC Bon cépage qui donne un vin ample et peu acide. France et Espagne, principalement.

GRUNER VELTLINER Bon cépage autrichien, où il donne des vins à la saveur fraîche et fruitée. Egalement en Hongrie.

GUTENBORNER Un croisement Müller-Thurgau et Chasselas (Allemagne).

HARSLEVELÜ L’un des principaux cépages du Tokay hongrois.

HUXELREBE Planté en Grande-Bretagne et en Allemagne. Vins modestes.

JACQUÈRE Cépage de Savoie.

LAIREN Le principal raisin blanc de Valdepenas (Espagne).

MACABEO Cépage espagnol (Catalogne) utilisé pour les vins mousseux. On le trouve également dans les vins blancs de La Rioja.

MALVOISIE Originaire de Grèce, il apporte structure aromatique et densité aux vins blancs. Il est important dans le Porto, dans La Rioja, en Navarre ou en Catalogne. Aussi exploité en Californie et à Chypre.

MANSENG Le Gros Manseng et le Petit Manseng, cultivés dans le sud-ouest de la France, donnent le légendaire Jurançon moelleux.

MARIA GOMES Le principal raisin blanc de Bairrada.

MARSANNE Excellent cépage s’il est cultivé comme il le mérite, qui donne des vins riches, pleins et gras; l’un des deux cépages qui servent à produire les rares vins blancs de Châteauneuf-du-Pape et d’Hermitage.

MAUZAC Bon raisin, très typé, avec une bonne acidité naturelle (Gaillac). Il convient d’ailleurs très bien aux vins “perlants”.

MELON DE BOURGOGNE Cépage du Muscadet.

MORIO-MUSKAT Croisement Sylvaner et Pinot blanc (Allemagne).

MOSCATEL Raisin à vin doux, qui donne un vin riche en arômes comme en alcool, au goût très typique.

MÜLLER-THURGAU Cépage créé à Geisenheim en 1882 par le Pr Hermann Müller, qui lui a donné son nom. Très typé, floral et frais, on le trouve très souvent en Allemagne, et, en moindre quantité, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

MUSCAT A PETITS GRAINS Cépage classique de l’Alsace et des vins de Muscat de Beaumes-de-Venise. Egalement au Liban.

MUSCAT OTTONEL Excellent raisin qui donne des vins superbes en Bulgarie et en Hongrie.

MUSCADELLE Cépage que l’on trouve encore en petite proportion dans les vignobles du sud-ouest de la France (Gaillac, Montravel, Bergerac, Bordeaux). Il peut pourtant apporter un “plus” certain aux cépages Sauvignon et Sémillon. Les autres pays où il s’adapte le mieux sont l’Australie et l’Afrique du Sud.

OPTIMA Un croisement Sylvaner, Riesling et Müller-Thurgau (Allemagne).

PALOMINO Le cépage classique du Xérès (Espagne). Egalement en Californie et en Australie, où les résultats sont encore moyens.

PARELLADA Raisin de Catalogne (Espagne).

PEDRO XIMENES Cépage traditionnel espagnol, pour le Xérès, que l’on retrouve au Maroc. On en cultive dans les pays qui font ce genre de vins comme en Californie, en Australie, en Argentine et en Afrique du Sud.

PERLE Un bon croisement Gewurztraminer et Müller-Thurgau cultivé en Allemagne.

PINOT BLANC Caractéristique de l’Alsace, un raisin qui donne des vins fleuris, frais et bien équilibrés. Quelques bonnes réussites au Chili, en Nouvelle-Zélande, au Canada, et aux États-Unis, et d’autres beaucoup plus relatives en Argentine ou au Chili.

POULSARD Méconnu, un excellent raisin propre au Jura, qui produit l’un des plus grands vins rosés (ou gris) de France, très aromatique, suave et persistant.

RABIGATO Portugal. L’un des cépages du Porto.

REICHENSTEINER Un croisement Müller-Thurgau, Madeleine angevine et Calabreser-Fröhlich (Allemagne).

RHODITIS Raisin grec, surtout employé pour le Retsina (Grèce).

RIESLANER Comme son nom l’indique, un croisement Sylvaner et Riesling (Allemagne).

RKATSITELI Bon cépage bulgare. Egalement en Californie et en Russie.

ROBOLA Bon cépage grec, riche en arômes.

ROUSSANNE Excellent cépage qui donne les rares vins blancs d’Hermitage et de Châteauneuf-du-Pape.

RIESLING Remarquable cépage qui peut atteindre les sommets en Alsace et en Allemagne (Rheinriesling). Très sec, très typé, très floral au nez comme en bouche, il s’adapte également parfaitement aux fameuses “vendanges tardives”, quand il est récolté à surmaturité. On en fait d’excellents en Afrique du Sud, en Californie, en Australie, en Hongrie et en Bulgarie.

SAUVIGNON Le raisin de prédilection des vins de Sancerre et de la Loire (Anjou…), très sec, très fruité, très frais. Il donne des vins plus ronds dans les régions plus “chaudes” comme le Bordelais ou dans les appellations du sud-ouest de la France. Allié au sémillon et vendangé tardivement, il donne les grands vins liquoreux (Sauternes). Très planté, on en trouve en Californie, en Australie, en Afrique du Sud, en Grèce, en Turquie, en Argentine et en Nouvelle-Zélande.

SAVAGNIN Le raisin du vin jaune du Jura, extrêmement typé, qui produit un vin d’une lente évolution.

SAVATIANO Raisin grec, qui entre dans l’élaboration du Retsina.

SCHEUREBE Bon croisement Sylvaner et Riesling, parfois assez neutre (Allemagne).

SCHONBERGER Un croisement Spätburgunder/Chasselas rosé/Muscat Hamburg cultivé en Allemagne.

SÉMILLON Remarquable cépage de référence des grands liquoreux bordelais (Barsac, Sauternes, Loupiac, Cérons…). Bien cultivé en Australie.

SEPTINER Bon croisement Gewurztraminer et Müller-Thurgau, qui produit un vin suave et parfumé (Allemagne).

SERCIAL Raisin traditionnel de Madère.

SYLVANER Cépage alsacien. Egalement en Autriche, au Chili, en Argentine, en Hongrie, en Turquie et en Californie.

UGNI BLANC Un raisin qui donne un vin franc, léger et assez neutre, idéal pour élaborer le Cognac. Egalement en Bulgarie, en Italie, au Brésil, au Chili, en Argentine, à Chypre, et en Australie.

VERDELHO Bon cépage de Madère (Portugal).

VERDICCHIO Raisin classique de l’Italie, qui donne un vin frais et léger, dans la région des Marches (Italie).

VIOGNIER Le cépage de l’appellation Condrieu. On en plante en vins de pays, en Languedoc, notamment.

VIURA Raisin espagnol qui produit des vins frais et fruités, à boire jeunes.

WURZER Croisement du Gewurztraminer et du Müller-Thurgau, exploité en Allemagne.

XARELLO Cépage utilisé dans l’élaboration des vins mousseux de Cava (Espagne).

LES PRINCIPAUX CÉPAGES NOIRS AGUA SANTA Cépage espagnol, coloré et riche en alcool.

ALVAREHAO Une variété de Dao aussi cultivée pour le Porto.

AZAL Cépage typique du Vinho Verde (Portugal).

BAGA Bon raisin portugais, corsé et aromatique, qui peut donner d’excellents vins de garde.

BARBERA Bon cépage italien, qui donne des vins classiques de la Péninsule, souples et fruités.

BASTARDO Raisin traditionnel du Porto et du Dao.

BLAUFRANKISCH Raisin assez neutre que l’on trouve en Autriche.

BORRACAL Cépage classique du Vinho Verde.

CABERNET FRANC Excellent cépage bordelais (surtout dans le Libournais), qui donne des vins très aromatiques. Regrettable qu’il soit systématiquement remplacé par le Cabernet-Sauvignon, notamment dans les autres régions bordelaises. Egalement en Bulgarie, à Chypre, en Californie et en Australie.

CABERNET-SAUVIGNON Ce cépage, la grande référence bordelaise, est souvent abusivement employé à tort et à travers dans le monde entier, faute d’originalité ou de qualité des terroirs. Assez résistant, il donne des vins tanniques, très structurés, riches, austères dans leur jeunesse, mais garants d’un potentiel d’évolution exceptionnel. De bons vins issus de ce cépage en Afrique du Sud, en Californie, au Chili et en Bulgarie.

CAMINA Bon croisement Portugieser et Pinot noir (Allemagne).

CANAIOLO NERO L’un des cépages du fameux Chianti (Italie).

CARIGNAN Raisin qui ne possède pas réellement ses lettres de noblesse dans le Languedoc, donnant un vin alcoolisé, manquant d’arômes. On le trouve également en Espagne, en Afrique du Nord, en Afrique du Sud et en Californie.

CASTELAO Raisin de Bairrada.

CINSAULT Bon raisin de la vallée du Rhône et de Provence, qui donne des vins fins, de belle robe, très aromatiques. Il s’associe parfaitement au Grenache et au Mourvèdre. Se plaît bien en Afrique du Nord comme en Afrique du Sud.

CORVINA Raisin italien, qui donne des vins puissants, intenses en couleur comme en structure.

DECKROT Un croisement Portugieser et Teinturier Färbertraube, cultivé en Allemagne.

GAMAY Le raisin qui donne toute sa mesure quand il est vinifié en macération carbonique (Beaujolais). De bons résultats en Bulgarie.

GARNACHA TINTA Cépage espagnol caractéristique, riche et alcoolisé.

GRACIANO Un autre bon cépage espagnol, qui donne des vins colorés et parfumés, bien tanniques.

GRENACHE Le raisin de prédilection des crus de La Rioja et des grands vins de Bandol, des crus de la vallée du Rhône, de l’Afrique du Nord et du Chili. Il apporte structure, puissance et concentration aromatique. Moins réussi en Californie ou en Argentine.

LAMBRUSCO Raisin typiquement italien, qui donne son nom au vin d’Émilie-Romagne.

MALBEC Dénommé aussi Cot ou Auxerrois, c’est le raisin classique des vins rustiques (dans le bon sens) du sud-ouest de la France, notamment à Cahors ou dans les Premières-Côtes-de-Bordeaux. Il donne des vins riches, colorés et tanniques, d’évolution relativement lente. De très bonnes réussites en Afrique du Sud comme en Australie.

MAZUELO Cépage espagnol, qui donne des vins puissants, bien équilibrés en tanins.

MERLOT Fragile, c’est la référence incontestable de la région libournaise (Pomerol…), où il atteint les sommets. Il produit un vin coloré, très aromatique, savoureux, intense au nez comme en bouche, de belle évolution. Egalement en Californie, en Afrique du Sud, en Australie et en Roumanie.

MONASTRELL Cépage espagnol que l’on exploite surtout dans les régions du Penadés et de Valdepenas.

MONDEUSE Le raisin classique savoyard, fin et fruité, léger, qui donne un vin très aromatique. On le trouve aussi en Suisse.

MOURISCO SEMENTE Raisin surtout cultivé à Porto.

MOURVÈDRE Excellent cépage des grands vins de la vallée du Rhône (Châteauneuf-du-Pape, Gigondas…) et de Bandol. Riche, puissant, très parfumé, il s’associe parfaitement au Cinsault et au Grenache. On le trouve également en Espagne.

NEBBIOLO Son nom provient du mot “nebbia”, qui désigne le brouillard d’automne italien. C’est le très grand raisin de la région piémontaise (le Barolo…), et d’une bonne partie des plus grands vins italiens, dont le Barbaresco. Très parfumé, suave, intense, il produit des vins de belle garde.

PALOMINO Le cépage de référence du Xérès (Espagne). Réussit bien à Chypre.

PETIT VERDOT Cépage du bordelais, qui réussit assez bien en Afrique du Sud, et au Chili.

PINOT MEUNIER Assez neutre, on le trouve surtout en Champagne.

PINOT NOIR Le roi bourguignon (et champenois). Richesse aromatique, intensité et suavité en bouche. Des vins de très belle évolution. Difficile d’en attendre autant quand on essaie de le planter ailleurs, même si les réussites sont réelles en Afrique du Sud, et, dans une moindre mesure, en Californie.

PRIMITIVO Bon cépage italien, qui donne des vins colorés et puissants.

RAMISCO Le cépage de Colares (près de Lisbonne), qui donne des vins riches en tannins, austères, très lents à se faire.

RONDINELLA Cépage italien (Valpolicella).

SANGIOVESE Principal cépage du Chianti. Il donne des vins souples et parfumés, de bonne évolution.

SOUZAO Très bon cépage de Porto, qui donne des vins riches en couleur comme en arômes.

SYRAH Originaire de Perse (Chiraz), c’est le raisin de référence des grands crus de la vallée du Rhône, notamment des Côte-Rôtie et Hermitage. Il donne des vins intenses, tanniques, concentrés, riches, très parfumés, d’excellente évolution. De belles réussites en Algérie, en Afrique du Sud, en Californie et en Australie.

TANNAT Originaire du Pays basque, il donne des vins tanniques et typés, de lente évolution (Madiran…).

TEMPRANILLO Bon raisin du Rioja, qui donne des vins intenses, riches et fins à la fois, de couleur soutenue (Espagne). Important en Argentine.

TINTA AMRARELA Cépage classique du Porto.

TINTA BARROCA Raisin qui produit un vin tannique et intense, surtout cultivé dans le Douro (voir Portugal). Bons résultats en Afrique du Sud.

TINTA CAO L’un des meilleurs cépages du Porto.

TINTORERA Cépage traditionnel de la région de Valdepenas.

TOURIGA NACIONAL Cépage classique du Porto, aussi utilisé dans le Dao, qui donne des vins puissants, concentrés en arômes comme en structure, de garde.

TROLLINGER Raisin du Wurtemberg (Allemagne).

VINHAO Raisin du Vinho Verde, coloré et très alcoolisé.

XYNOMAVREO Cépage grec qui produit le Naoussa.

ZINFANDEL Excellent cépage qui donne des vins savoureux et parfumés en Afrique du Sud et en Californie, certainement parmi les meilleurs vins de ces pays, avec une originalité qui leur est propre. Plus modeste au Canada et au Mexique.

dimanche 13 mai 2007

Les meilleurs vins européens

http://www.guidedesvins.com/images/pdg_blog.jpg

Mes voyages dans les vignobles européens m’ont permis de goûter tous les vins (et les alcools) que l'on y fait, les crus les plus connus pour mieux les savourer, mais aussi les vins totalement méconnus, mal connus, parfois difficiles d'approche, austères, faciles, trop corsés, les vins rouges demi-doux, les rosés qui pétillent, les blancs amers, ceux qui sont splendides, les autres qui sont bizarres...

Il a fallu rejeter tous les a priori, savoir pourquoi un vin espagnol était ainsi fait, excuser les rendements considérables de l'Allemagne ou de l'Autriche, me forcer à apprécier le Retsina grec (j'y suis parvenu), goûter un Fendant à Montreux, comprendre pourquoi l'Italie ne nous montrait jamais le potentiel qualitatif dont elle regorge, apprécier un Porto comme il le faut, etc, etc.

Une belle expérience de terrain, unique, libre, indépendante, sans la moindre complicité ou pression publicitaire (rien n'a été demandé aux producteurs sélectionnés, et ce n'est pas si courant, croyez-moi).

Le résultat, c'est que chaque pays fait un vin à son image, en fonction de ses habitudes alimentaires, de son histoire, de ses sols, de son climat et de ses cépages, et c'est bien normal.

Pourtant, la décennie 80 a été celle où un bon nombre de choses ont évolué, au risque de créer quelques ambiguïtés. En réalité, quelques professionnels, français et étrangers, des journalistes comme des acheteurs, des œnologues comme des producteurs, ont tenté de nous faire croire qu’ils élaboraient des vins “intellectuels” (si j’ose dire), laissant entendre que ceux auxquels nous étions habitués n’étaient plus d’actualité : on nous a chanté que les vins blancs australiens (dégustations “comparatives” obligent) étaient meilleurs que les grands crus de Corton-Charlemagne, de Soave ou du Rheingau, que des “soupes de chêne” pouvaient rivaliser avec les plus grands vins de Margaux, de Romanée, de Barolo, de Tignanello, de Rioja, que planter du Chardonnay en Italie ou en Ardèche, du Merlot ou du Pinot en Autriche, en Espagne ou dans le Languedoc allait permettre de faire des vins qui tiendraient tête aux plus grands des plus grands... bref, que seuls les nouvelles techniques ou l’élevage en barriques neuves étaient synonymes de qualité, et que “le terroir après tout, mon bon monsieur”...

Ceux-là croient encore que les amateurs n'en sont pas, ou sont des idiots.

Il y a de quoi rire. Les sensations que l'on éprouve quand on débouche un Brunello di Montalcino, un Beerenauslese du Rheingau, un Pauillac, un Rioja, vous croyez franchement que ce sont les mêmes que celles que procurent (est-ce bien le terme ? ) un rouge de Cabernet-Sauvignon d'Espagne ou un blanc de sauvignon autrichien (ou français) ?

Je passe sur les “soupes de chêne” auxquelles nous avons parfois droit, à ces vins qui se dessèchent au bout de deux ans faute de mieux...

Le vin, en tout cas celui qui nous intéresse, c'est autre chose. C'est toujours un moment de plaisir, de partage et d'art de vivre. Il faut rester passionné, subjectif, un rien rêveur dans ce domaine, laissant comme Apollinaire la place à l’imaginaire, en restant humain tout simplement, sans disséquer tout, sans chercher à tout prix à se distinguer du voisin, en parlant “produit, parts de marché, mode, régime, thermorégulation...”. Qu'il provienne de Toscane, de Navarre, de Rhodes, de Moselle ou de la vallée du Rhône, un beau vin, un vrai vin, ce n’est pas une boisson, et cela mérite mieux. Quand on voit les débats qu’engendrent les campagnes anti-alcooliques, cela me navre que l’on ne distingue pas le “Sang de la Terre et du Ciel” cher à Baudelaire, du vulgaire picrate que l’on avale sans soif. Et cela me choque que ceux qui vivent en faisant des vins-boissons soient les premiers à vouloir défendre leur bibine... Il ne faut pas confondre. Il existe les vrais vins et les autres, les premiers sentant leur terroir, les traditions, les us et coutumes de leur pays, apportant la notion même de civilisation. On s'en rend d'autant plus compte dans des pays historiques de la vigne et du vin comme la Grèce ou l'Italie.

Et puis, à Genève ou à Cadiz, à Chablis ou à Stuttgart, à Samos ou à Montepulciano, il n’y a pas de vin sans homme. Le divin breuvage a besoin d’être élevé, éduqué, chéri, par celui qui le fait comme par celui qui le goûte.

Soyez comme moi en ce domaine : insensible aux modes, à des dossiers de presse bien ficelés, ou à des campagnes de publicité envahissantes qui ne vantent que des vins sans vice ni vertu, en oubliant les hommes ou la force du terroir (et pour cause).

Il ne faut donc aimer et respecter que les vrais vins, ceux qui ont une âme et des parents (entendez des vignerons), qu’ils soient aristocrates ou paysans, qu’ils “couvent” un simple vin de pays ou l’un des plus grands crus de la planète. Il faut savoir rester fidèle à cela, et le faire partager.

Vous verrez que l'on fait des bons et des mauvais vins partout, ceux au travers desquels une tradition s'exprime, et ceux (hélas) qui ne nous apportent rien d'autre que de pouvoir les boire. Il s'agit donc de savoir choisir comme il le faut et de pouvoir avoir accès uniquement aux meilleurs, dans n'importe lequel de ces pays d'Europe.

Edito (extrait et remanié) du Guide des Vins d'Europe de Patrick Dussert-Gerber (Albin Michel).

Mes voyages dans les vignobles européens m’ont permis de goûter tous les vins (et les alcools) que l'on y fait, les crus les plus connus pour mieux les savourer, mais aussi les vins totalement méconnus, mal connus, parfois difficiles d'approche, austères, faciles, trop corsés, les vins rouges demi-doux, les rosés qui pétillent, les blancs amers, ceux qui sont splendides, les autres qui sont bizarres...

Il a fallu rejeter tous les a priori, savoir pourquoi un vin espagnol était ainsi fait, excuser les rendements considérables de l'Allemagne ou de l'Autriche, me forcer à apprécier le Retsina grec (j'y suis parvenu), goûter un Fendant à Montreux, comprendre pourquoi l'Italie ne nous montrait jamais le potentiel qualitatif dont elle regorge, apprécier un Porto comme il le faut, etc, etc.

Une belle expérience de terrain, unique, libre, indépendante, sans la moindre complicité ou pression publicitaire (rien n'a été demandé aux producteurs sélectionnés, et ce n'est pas si courant, croyez-moi).

Le résultat, c'est que chaque pays fait un vin à son image, en fonction de ses habitudes alimentaires, de son histoire, de ses sols, de son climat et de ses cépages, et c'est bien normal.

Pourtant, la décennie 80 a été celle où un bon nombre de choses ont évolué, au risque de créer quelques ambiguïtés. En réalité, quelques professionnels, français et étrangers, des journalistes comme des acheteurs, des œnologues comme des producteurs, ont tenté de nous faire croire qu’ils élaboraient des vins “intellectuels” (si j’ose dire), laissant entendre que ceux auxquels nous étions habitués n’étaient plus d’actualité : on nous a chanté que les vins blancs australiens (dégustations “comparatives” obligent) étaient meilleurs que les grands crus de Corton-Charlemagne, de Soave ou du Rheingau, que des “soupes de chêne” pouvaient rivaliser avec les plus grands vins de Margaux, de Romanée, de Barolo, de Tignanello, de Rioja, que planter du Chardonnay en Italie ou en Ardèche, du Merlot ou du Pinot en Autriche, en Espagne ou dans le Languedoc allait permettre de faire des vins qui tiendraient tête aux plus grands des plus grands... bref, que seuls les nouvelles techniques ou l’élevage en barriques neuves étaient synonymes de qualité, et que “le terroir après tout, mon bon monsieur”...

Ceux-là croient encore que les amateurs n'en sont pas, ou sont des idiots.

Il y a de quoi rire. Les sensations que l'on éprouve quand on débouche un Brunello di Montalcino, un Beerenauslese du Rheingau, un Pauillac, un Rioja, vous croyez franchement que ce sont les mêmes que celles que procurent (est-ce bien le terme ? ) un rouge de Cabernet-Sauvignon d'Espagne ou un blanc de sauvignon autrichien (ou français) ?

Je passe sur les “soupes de chêne” auxquelles nous avons parfois droit, à ces vins qui se dessèchent au bout de deux ans faute de mieux...

Le vin, en tout cas celui qui nous intéresse, c'est autre chose. C'est toujours un moment de plaisir, de partage et d'art de vivre. Il faut rester passionné, subjectif, un rien rêveur dans ce domaine, laissant comme Apollinaire la place à l’imaginaire, en restant humain tout simplement, sans disséquer tout, sans chercher à tout prix à se distinguer du voisin, en parlant “produit, parts de marché, mode, régime, thermorégulation...”. Qu'il provienne de Toscane, de Navarre, de Rhodes, de Moselle ou de la vallée du Rhône, un beau vin, un vrai vin, ce n’est pas une boisson, et cela mérite mieux. Quand on voit les débats qu’engendrent les campagnes anti-alcooliques, cela me navre que l’on ne distingue pas le “Sang de la Terre et du Ciel” cher à Baudelaire, du vulgaire picrate que l’on avale sans soif. Et cela me choque que ceux qui vivent en faisant des vins-boissons soient les premiers à vouloir défendre leur bibine... Il ne faut pas confondre. Il existe les vrais vins et les autres, les premiers sentant leur terroir, les traditions, les us et coutumes de leur pays, apportant la notion même de civilisation. On s'en rend d'autant plus compte dans des pays historiques de la vigne et du vin comme la Grèce ou l'Italie.

Et puis, à Genève ou à Cadiz, à Chablis ou à Stuttgart, à Samos ou à Montepulciano, il n’y a pas de vin sans homme. Le divin breuvage a besoin d’être élevé, éduqué, chéri, par celui qui le fait comme par celui qui le goûte.

Soyez comme moi en ce domaine : insensible aux modes, à des dossiers de presse bien ficelés, ou à des campagnes de publicité envahissantes qui ne vantent que des vins sans vice ni vertu, en oubliant les hommes ou la force du terroir (et pour cause).

Il ne faut donc aimer et respecter que les vrais vins, ceux qui ont une âme et des parents (entendez des vignerons), qu’ils soient aristocrates ou paysans, qu’ils “couvent” un simple vin de pays ou l’un des plus grands crus de la planète. Il faut savoir rester fidèle à cela, et le faire partager.

Vous verrez que l'on fait des bons et des mauvais vins partout, ceux au travers desquels une tradition s'exprime, et ceux (hélas) qui ne nous apportent rien d'autre que de pouvoir les boire. Il s'agit donc de savoir choisir comme il le faut et de pouvoir avoir accès uniquement aux meilleurs, dans n'importe lequel de ces pays d'Europe.

Edito (extrait et remanié) du Guide des Vins d'Europe de Patrick Dussert-Gerber (Albin Michel)

Et :

http://patrick.dussert-gerber.com/vins-dailleurs/

samedi 5 mai 2007

Le top des vins de Loire

http://www.millesimes.fr/photos/731.jpg

Dans ce Val de Loire, la force des sols est exacerbée par la volonté des hommes d’élever des vins racés, d’un remarquable rapport qualité-prix. En Sancerre comme en Saumur-Champigny, en Pouilly-Fumé ou en Muscadet, à Vouvray comme à Chinon, en Anjou ou en Touraine, on ne peut qu’apprécier ces vignerons simples et fiers, qui s’attachent à élever quelques-uns des plus grands vins blancs secs et liquoreux, des Crémants remarquables et des rouges typés, comme on les aime. De quoi se faire plaisir.

http://www.millesimes.fr/photos/81-4.jpg

Voir les meilleurs de l'année : http://www.millesimes.fr/classement.php?rech1=VAL-DE-LOIRE&rech4=Y

mercredi 18 avril 2007

Les 1000 meilleurs vignerons de France

Millesimes 2007 est sorti !!!

Après un tour de 6 mois dans la plupart de nos vignobles, des centaines de dégustations, des rencontres, des interviews... voici ce que l’on doit retenir cette année.

Accès direct aux meilleurs producteurs, région par région : http://www.millesimes.fr/

Accès direct aux Classements 2007 : http://www.guidedesvins.com/

ALSACE : les vins ont-ils évolué ?

L’Alsace est une région toujours aussi forte qui ne rencontre pas de difficulté particulière. Il faut quand même dire que, depuis quelques années, on dégustait des vins plus douceatres avec beaucoup moins d’acidité. Deux paramètres pour l’expliquer : soit c’est l’évolution climatique qui donne des vins plus doux et moins acides et là c’est logique dans des millésimes comme 2003 ou 2005, soit c’est une volonté délibérée ou une mode. Si c’est le cas, attention au risque de dépersonnaliser ces crus. Un Riesling ne doit pas être suave mais, au contraire, bien sec, et l’acidité est nécessaire pour l’équilibre et la typicité de ces vins. J’affectionne particulièrement l’Alsace (quelques origines d’Andlau), la bonne humeur des vignerons, le plaisir de pousser la porte d’un winstub, bref, celui de partager l’amour du vin. Je connais parfaitement le vignoble et il y a un bon nombre de producteurs que j’estime et soutiens depuis mon premier Guide, ce qui ne nous rajeunit pas (Gresser, Schléret, Hauller, Berger, Klein, Jung, Schaeffer-Woerly, Haegi, Rolli, Dussourt, Reinhart, Materne Haegelin...) et d’autres, découverts il y a une dizaine d’années comme Odile Weber, Ruhlmann, Beck, Engel, l’exemplaire Cave de Hunawihr... Et puis, comment résister à ces gouffres d’arômes que sont les Sélections de Grains Nobles et les Vendanges Tardives (issues particulièrement des Gewurztraminer Pinot Gris).

BEAUJOLAIS : les vins sont-ils reconnus comme ils le méritent ?

Paradoxalement, alors qu’un bon nombre critiquent cette région, c’est aussi celle qui fait beaucoup d’envieux avec cette extraordinaire réussite du Primeur, du vin nouveau, que, ni la Touraine, ni Gaillac ou les Côtes-du-Rhône n’ont pu contrarier. En Beaujolais, on parlait de crise mais ceux avec lesquels nous travaillons dans Millésimes ou qui nous envoient des échantillons pour le Guide s’en sortent bien, leurs prix sont très abordables, n’augmentent pas et cela prouve qu’ils conservent leur clientèle. C’est ce qui compte par dessus tout. Il me semble qu’enfin, en France, on a compris aussi que les Beaujolais pouvaient être des vins très charmeurs, très agréables mais aussi très typés et divers, des vins qui méritent d’être pris au sérieux, et pas uniquement des Primeurs à boire frais et jeunes. Là encore, il y a des incontournables : Franck et Georges Dubœuf, jalousés mais exemplaires, et un bon nombre de fidèles dont les vins, dans des appellations de Crus comme Juliénas, Moulin-à-Vent, Morgon ou Brouilly créeraient bien des surprises dans des dégustations “à l’aveugle”. On peut citer facilement Chavagnat, Mortet, Siffert, Miolane, Brisson, Chignard, Champagnon, Boisfranc, Lacarelle, Baronnat, Combe aux Loups, Clos du Fief, Pérelles, Py de Bulliat...

VAL DE LOIRE : la pérennité, sans péripéties.

Le vignoble de la Loire est très disparate car il est très étendu. Je connais bien, j’ai débuté ici.Pour les vins blancs, on retrouve les incidences de ces étés très caniculaires qui assouplissent les vins. Cela se ressent beaucoup moins à Sancerre, à Pouilly ou en Anjou, car le Sauvignon notamment sait conserver cettre fraîcheur qui fait sa spécificité. Un plaisir de dégustation que l’on ne retrouve jamais dans les vins étrangers souvent trop ronds et pas du tout rafraîchissants. Il y a bien sûr des différences qualitatives entre les différents vignobles. A Pouilly ou à Sancerre, ce sont des vignobles très intéressants mais qui doivent faire attention à ne pas galvauder leur notoriété, en produisant trop. Certains vins sont parfois surcôtés et il ne faudrait pas que la clientèle se demande, à un certain moment, si elle ne paye pas trop cher des vins qui ne le méritent pas. Je recherche toujours des bons rapports qualité-prix et vous trouverez les meilleures adresses dans les lignes qui suivent. Pour vous mettre en bouche, dans le Pays Nivernais, par exemple, on ne se trompe pas en poussant la porte de Thierry Redde, d’Henry Natter, des Pabiot, d’Alphonse Mellot, de Nicolas Brock, de Balland, Chevreau ou Pascal Gitton.

Toujours en blancs secs, quelques producteurs de Muscadet sortent toujours du lot, se refusant à trop arrondir leurs vins, respectant ainsi leur particularité (Dabin, Chéreau, Morilleau...), et un bon nombre d’autres élèvent de grands vins de Chenin ou de Sauvignon, aux environs de Tours, de Saumur et d’Angers (Brézé, Louet-Arcourt, Éternes, Chaise...). Ne pas oublier les Crémants et Saumur ou Vouvray, dont la locomotive incontournable est Patrice Monmousseau (Bouvet), suivi de quelques autres (Beauregard, Valmer...).

Dans le reste des appellations, par exemple, en Saumur-Champigny, Chinon... les vins restent à des prix très accessibles, ce sont des vins servis dans les restaurants grâce à leurs prix très attirants, leur qualité est certaine, les vignerons ont toujours fait des efforts, et ne sont pas rentrés dans l’engrenage de la surmaturation ou d’une surconcentration en barriques, restant fidèles à la typicité de leurs sols où se plaît parfaitement le Cabernet franc, et je les soutiens. Il suffit de citer Filliatreau, Pisani-Ferry, Buisse, Couly, Raffault, Jamet, Chaintres, Guilloterie... pour avoir des vins remarquables. Idem en Touraine (Marionnet, Mandard...), ou en Anjou-Saumur (Aupy, Paleine...).

L’autre grande force de la Loire (côté ouest), ce sont des moelleux et liquoreux de haute volée, qui, comme ceux d’Alsace, dament le pion aux “historiques” liquoreux bordelais qui ont eu tendance à s’endormir sur leurs lauriers. Vouvray, Quarts-de-Chaume, Bonnezeaux, Coteaux-du-Layon, autant de viviers pour exciter ses papilles avec des vins chaleureux, d’une très grande expression aromatique, de lente évolution, à des prix partticulièrement sages chez Chéné, au Clos de l’Epinay, à La Varière, L’Été, Aubert, Fardeau, Godineau...

BOURGOGNE : inattaquable pour ses vins blancs, mais on entend (et on lit) beaucoup moins d’amabilités sur les rouges. Qu’en-est-il ?

La Bourgogne est un cas à part car c’est un “petit” vignoble en France. Certes, la Bourgogne du sud dans le Mâconnais est une région assez grande mais quand on parle de la Bourgogne on fait plutôt référence à la Côte de Nuits et à la Côte de Beaune. Si l’on s’en tient donc à ces deux entités, je trouve que depuis 7 ou 8 ans les vins sont exceptionnels, que ce soit en blanc comme en rouge. On déguste des vins qui conservent cette puissance de rondeur, de souplesse et de suavité mais aussi cet équilibre avec l’acidité qui en fait des vins de longue garde.

Globalement les Bourguignons n’ont pas changé leur façon de faire le vin. Ils ont, bien sûr, évolué et se servent des techniques modernes, et c’est bien normal, mais les grands vins de Bourgogne sont quand même les mêmes que ceux que l’on goûtait il y a quelques années. Ils ont eu raison de ne pas se laisser tenter par les “sirènes” ou “confrères” qui leur demandaient de faire des vins avec plus de couleur, toujours plus concentrés... et on se rend compte que les clients acquiescent cette politique car les vins sont pré-vendus.

En blanc, c’est sûr, il n’y a aucune concurrence. Si besoin est, débouchez les flacons d’Ampeau, Antonin Guyon, Clos des Perrières, Prieur-Brunet, Carillon, Doudet-Naudin, Jaffelin, Darviot, Marey, Blondeau-Danne, Dubreuil-Fontaine, la majorité (vous lisez bien) à des prix particulièrement justifiés ou abordables. Idem à Chablis, avec des Grands et Premiers Crus très racés que l’on savoure chez Tremblay, Robin, Moreau, Geoffroy ou Laroche, toujours incontournables. Plus au sud, il y a la famille Vincent, à Fuissé ou Protheau à Mercurey, qui valent le détour. Beaucoup d’autres suivent, et sont retenus régulièrement dans mon Guide et Millésimes.

En rouge, certains pensent, en effet (et proclament, mais il faut pardonner l’ignorance), que les vins de Bourgogne ne font pas partie des plus grands vins du monde, ne parlant que de Bordeaux. Je suis intimement convaincu du contraire, quand on goûte des vins assez vieux (1976, 1989, 1996, 1997...) mais aussi les derniers millésimes, les vins sont très équilibrés, toujours assez légers en couleur mais c’est normal avec le Pinot noir. On ne plante pas du Grenache ou de la Syrah ici, et la couleur n’a rien à voir avec la qualité du vin, et encore moins avec son potentiel d’évolution. Franchement, n’y-a-t-il pas de quoi être heureux, dans toute la gamme, à tous les prix, avec les vins de Lamarche, Thomas-Moillard, Trapet, Rebourseau, d’Angerville, Clos des Lambrays, Esmonin, Monts-Luisants, Leclerc, Audoin, Prunier, Patriarche, Gerbet, Joliot... On se rend compte également que ceux qui commencent à boiser trop leur vin ne font que le dessécher, mais les cas sont minimes et proviennent surtout de quelques négociants beaunois, attirés par de bonnes notes de critiques, pour pouvoir exporter, comme les mouches par le miel.

VALLÉE DU RHÔNE : les vins sont bons et charnus.

C’est un grand vignoble, très étendu, et les vins sont très disparates. En crus comme à Châteauneuf-du-Pape par exemple, tout va bien, les vins sont cohérents quant au rapport qualité-prix qui est en accord avec la typicité et le potentiel d’évolution. Montredon, Quiot, Fortia, Mathieu... font des vins chaleureux, et, somme toute, très abordables quand on parvient à un tel niveau de qualité. Même si j’ai goûté ici de très bons vins depuis le premier Guide, les efforts se sont poursuivis également dans les appellations alentour, comme Gigondas, par exemple, où l’on se fait plaisir avec des vins à 10, 15 €, à Rasteau et à Visan, on trouve des vins formidables à des prix moindres. Vous remarquerez que ces appellations ont souvent pour fer de lance leur caves, ce qui en fait un bel exemple de solidarité qualitative et d’une motivation de toute la production.

Le Nord, avec Condrieu, Cornas, Saint-Joseph ou Côte-Rôtie, est également un vivier de beaux vins, bien que certains se soient orientés vers quelques cuvées trop puissantes ou trop marquées par le bois neuf, course à l’export oblige, encore hélas.

__PROVENCE : vers une remontée forte du rosé ? __ Ici, les vignerons ont la chance d’avoir un climat exceptionnel grâce au mistral. Ce qui a le plus évolué, c’est que l’on assiste à une belle remontée de la qualité du rosé. De gros efforts qualitatifs ont été fournis, et les rosés de Provence des propriétaires que nous connaissons (je ne parle pas de la “grande cavalerie”, toujours existante) sont redevenus des vins tout à fait intéressants avec une typicité en fonction de leurs cépages, de leurs appellations, et il y a une belle reprise de confiance des amateurs. Et là, en plus, il n’y a aucune concurrence au niveau mondial, car il n’y a rien de similaire ailleurs. L’appellation des Coteaux d’Aix en Provence va dans ce sens et l’on ne peut que l’encourager.

C’est donc un bon créneau, s’il tire vers le haut, mais qui ne doit surtout pas masquer pour autant les vins exceptionnels que l’on trouve (plus rarement) en rouge et en blanc. Passez à Bormes-les-Mimosas (Malherbe), à Taradeau (Rasque), à Bandol évidemment (Bronzo, Bunan, Olivette, Lafran-Veyrolles, Suffrene...), revenez en Côtes-de-Provence (Brégançon, Élie Sumeire, Jas d’Esclans, Sauveuse...) et vous aurez de quoi faire avec des vins complexes et charnus en rouges, suaves et vifs en blancs, qui demandent tous une cuisine raffinée et riche. Tous les vins de mes Classements sont à un beau niveau.

LANGUEDOC : est-ce toujours l’avenir ?

En Languedoc, on se cherche, et depuis bien longtemps. Faut-il faire du vin de table, du vin de qualité, planter, arracher, créer des micro vins, faire des vins de cépages, vendre de la marque Merlot ou Chardonnay (qui n’a pas grand chose à faire dans le coin) selon la cible potentielle, faire des produits pour les jeunes, pour les femmes, pour le 3e âge... La politique, les pouvoirs publics se mêlent et s’emmêlent depuis quarante ans, sans trouver de solution.

Ici, il y a également une crise sociale injustifiée à résoudre (comme à Bordeaux, on le verra plus loin) et il n’est pas excusable que le travail de centaines de producteurs ne soit pas rémunéré décemment. Ce n’est pas normal, et encore moins de dire que c’est de la faute des vins du “nouveau monde”.

Je ne soutiens pas non plus les regroupements massifs tentés ici ou là, à Bordeaux comme à Narbonne, qui vont sûrement profiter aux “gros” distributeurs, même si, et j’en suis conscient, on a également besoin des meilleurs d’entre eux pour écouler la production. Mais on peut vendre sans perdre son identité d’appellations ou de territoires. La nouvelle mention “Sud de France”, par exemple, si elle apporte peut-être un éclaircissement sur l’ensemble de la région, va à l’encontre de ce que je crois : développer les niches plutôt que d’amalgamer les appellations, en perdant ainsi le peu de lisibillité que l’on a, en gommant encore plus l’identité...

Le Languedoc, ce Sud de la France, ce n’est quand même pas une marque de négociant !

Sur un autre plan, je ne suis pas certain que l’on ait découvert l’eldorado, même si l’arrivée massive d’investisseurs et de bordelais a permis d’acheter des terres à bon prix et d’avoir quelques coupures de presse. De nombreuses cuvées spéciales sont trop “spéciales” justement, et cela engendre une dénaturation des vins, on goûte beaucoup de vins assez écoeurants, surboisés avec des micro-cuvées trop chères. Ce problème s’étend aux vins de cépages. Ne fait pas Daumas-Gassac qui veut.

Il n’y a donc pas de mystères dans la région, et les territoires sont connus. Les meilleurs producteurs élèvent des vins racés et typés, qui ont su conserver leur spécificité qui se dévoile au travers des cépages de la région, chacun s’exprimant au mieux selon les sols d’alluvions, d’ardoise, de schiste ou de calcaire, en bénéficiant d’un beau rapport qualité-prix. Vous les trouverez en Corbières (Grand-Caumont, Vaugelas, Simone Martinolle, Étang des Colombes...), en Minervois (Fabas, Blomac, Villerambert-Moureau, Barroubio...), en Coteaux du Languedoc (Cave de Roquebrun, Mire-l’Étang, Saint-Martin des Champs...) et en (rares) vins de pays.

SUD-OUEST : calme plat

J’aime bien ces vins.Ils sont bons, abordables (pas tous, il y a des cuvées à prix vraiment déments, je les oublie dans mes écrits). Par contre, on sent une sorte d’inertie parmi les viticulteurs ou la profession, on ne sait pas si c’est passager mais on n’entend pas beaucoup parler de Fronton, de Cahors, de Bergerac, de Gaillac, de Jurançon ou de Madiran, qui manquent de visibilité. On voit de temps en temps de grandes affiches dans les rues des vins de Bergerac, un dossier de presse sur Gaillac, un autre sur le Cahors “primeur”...

Là encore, on s’est “regroupé”, soi-disant pour avoir les moyens de sa promotion. ?On attend de voir, et chaque syndicat fait ce qu’il veut. Ce qui compte, c’est de frapper à la bonne porte, ceux que nous soutenons depuis longtemps sont toujours à la tête de leur appellation, ont confiance dans leur gamme, et nos Classements sont assez parlants.

CHAMPAGNE : tout va très bien !

C’est la région qui a le mieux travaillé depuis 20 ans, les grandes maisons certes, mais ce sont surtout les producteurs qui ont le plus développé la qualité et leur image. Il existe une vraie entente cohérente entre grande maisons et viticulteurs, même s’il y a des jalousies, ils savent se respecter, négocient, régulent le marché...

Le résultat est probant, la Champagne est la seule appellation mondiale sans concurrence qui est en croissance extrêmement forte, qu’elle va poursuivre. Aucun Cava, ni mousseux, français ou étranger ne peut lutter qualitativement et en terme d’image avec le Champagne.

Ici, il y a également une notion de Cru, de terroir, ce qui n’existait pas auparavant, car on parlait plus de l’assemblage, qui demeure bien sûr un paramètre important.

Le Champagne a démontré que ce n’est pas uniquement un verre rempli de bulles mais qu’il y a une vraie typicité, une différence entre un Chardonnay planté au Mesnil-sur-Oger et un autre à Bouzy. C’est une force formidable que la Champagne ait compris que l’impact de son sol était à mettre en avant, qu’il ne s’agissait plus uniquement de vendre un vin de fête mais aussi un vin de table. Nous, cela fait des années, que nous le savions, nous avons suivi et soutenu l’évolution des vignerons champenois bien avant que leurs ventes ne se soient autant développées. Je me souviens que, beaucoup de professionnels, s’étonnaient, à l’époque, lorsque, dans mes classements, je plaçais en premier, parfois à côté de grandes maisons historiques, des vignerons totalement inconnus qui sont maintenant respectés dans le monde entier.

Tout a changé ici.

En gros, il reste une poignée de maisons familiales et exceptionnelles (Roederer, Pol Roger, Taittinger, Gosset, Thiénot...), d’autres, tout aussi respectables, intégrées dans des groupes (Philipponnat, Piper et Charles Heidsieck, Krug, Ruinart, Laurent-Perrier...), des coopératives de premier plan (Devaux, Vincent d’Astrée, Collin, De Castelnau...) et il y a une véritable explosion qualitative de la propriété (De Sousa, Peters, Ellner, De Telmont, Mignon, Bara, Geoffroy... et beaucoup d’autres).

BORDEAUX : la crise, les classements et la frime...

À Bordeaux, il faut faire des distinctions.

Il y a d’abord une dizaine de vins mythiques d’un niveau qualitatif exceptionnel mais très chers. Il est difficile d’en parler comme d’autres vins, car on entre dans le monde du luxe où l’image et la rareté comptent beaucoup.

Il y a ensuite la masse des grands crus classés, dont certains, beaucoup moins prestigieux, plus à la mode (pas mal de vins surbarriqués sont dans le lot), ont atteint des prix incautionnables, car, pour ceux-là, il est toujours question de rapport qualité-prix, ne leur en déplaise. Force est de constater que l’on retrouve ces bouteilles de moins en moins dans la restauration française et dans nos caves, leur prix devenant un frein réel. Ces vins-là, à forte valeur ajoutée, sont vendus majoritairement à l’export, délaissant, à tort, le marché français. Je me demande quelle serait la réaction du Japonais qui a sa cave remplie de ces vins-là, et ne les verrait pas en France.Il pourrait se demander s’il ne s’est pas fait avoir ?

Heureusement, il y a les très grands vins, très classiques, où l’élégance prédomine (Léoville-Barton, Montrose, Calon-Ségur, Lynch-Bages, Brane-Cantenac, Rauzan-Segla, Rauzan-Gassies, Desmirail...).

Dans le Libournais, on est toujours dans l’expectative. D’un côté les vrais grands vins marqués par des territoires que personne ne peut nier, de Petrus à de nombreux autres crus d’une typicité exceptionnelle, dans une gamme large, où l’élégance s’allie à la structure, selon les sols et rien d’autre, sans artifices (Magdelaine, Bélair, Certan de May, Lamarzelle, Beauregard, La Croix, Laroque, Guadet, Balestard...).

En face, il y a des vins bien différents (particulièrement à Saint-Émilion ou en Côtes-de-Castillon), beaucoup trop boisés, trop concentrés, desséchés, qui n’ont aucun intérêt mais nous ne parlerons pas d’eux, tant ils sont encensés de facon indécente par des “gourous” français ou étrangers.

À quoi bon créer des vins écœurants comme de l’encre, faire des “produits” à 15° quand la région bordelaise a, depuis toujours, su faire primer la distinction.

J’ai débuté avec des “pointures” mondiales comme Jacques de Loustaunau, Émile Peynaud, Ribéreau-Gayon, ils s’attachaient tous à défendre cet atout essentiel de Bordeaux : élever de grands vins capables d’associer la puissance et l’élégance, et la durée dans le temps. Jean-Claude Berrouet (œnologue de Petrus, entre autres) est dans la lignée.Il signe quelques-uns des plus grands vins du monde et sait que la (grande) qualité n’a rien à voir avec un élevage outrancier en bois neuf, ni à des artifices techniques.

Le marché intermédiaire (8 à 20 €) est un formidable vivier, qui fait la force de Bordeaux, dans toutes les appellations, aussi bien dans le Médoc, à Saint-Émilion, ses satellites, que dans les Graves ou les Côtes... On a plaisir à déguster des vins typés, très bien faits, qui bénéficient d’une belle série de millésimes grâce aux étés chauds, donnant des vins savoureux plus faciles à boire rapidement mais aussi d’un beau potentiel de garde.

Les 2004 et 2001 sont des millésimes que j’affectionne particulièrement, un peu à l’ombre des grands millésimes médiatiques et c’est dommage, car ils sont l’archétype classique du bordelais, où la finesse prédomine, des vins très prometteurs. Les viticulteurs font des efforts de qualité, sont efficaces, travaillent bien dans leur chai mais aussi à la promotion de leurs vins, car il ne s’agit pas de ne faire que bon, il faut le faire savoir.

La majorité élève ces vins dans la grande tradition bordelaise.

Il y a également une région où les vins sont exceptionnels, Pessac-Léognan, avec des crus envoûtants, en blanc comme en rouge. À Pomerol, les vins sont restés très typés, cela correspond aussi à la mentalité des propriétaires qui respectent leur terroir et ne se complaisent pas dans l’esbroufe. Saint-Émilion est une appellation qui fait encore parler d’elle avec un classement qui fait sourire (pour ne pas dire plus), tant des déclassements restent incompréhensibles, c’est navrant.

Cela amène le consommateur à penser qu’à Bordeaux on parle trop de classements, de jalousie, de prix, de frime et pas assez de qualité intrinsèque du vin et cela porte tort à toute la région, même aux Bordeaux les plus modestes.

Ajoutez à cela une vraie crise sociale snobée par quelques propriétaires et négociants qui préfèrent aller chercher ailleurs ce qu’ils devraient promouvoir venant de leur région.

En fin de compte, on se moque de savoir si un cru est classé ou non, que les Côtes soient réunies ou pas, ce qui importe, c’est ce qu’il y a dans la bouteille et le rapport qualité-prix-plaisir ! Ce qui compte, c’est de prendre du plaisir.

dimanche 25 mars 2007

Petrus, Hosanna, Certan-Marzelle, Magdelaine 2004...

Je vous l’avais promis, la voici, la voilà comme dirait Guillaume Durand : une rarissime dégustation des crus de la famille Moueix, millésime 2004, organisé par les Ets Jean-Pierre Moueix, avec Edouard Moueix (le fils de Christian Moueix) et mon ami Jean-Claude Berrouet, l’homme qui “signe” quelques-uns des plus grands crus de Bordeaux, et donc du monde. Douze vins, du plus mythique (Petrus, de Jean-François Moueix) aux plus exceptionnels (Magdelaine, Trotanoy, Certan-Marzelle…).

Voir la dégustation : http://patrick.dussert-gerber.com/

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mercredi 21 mars 2007

Le top 2007 des vins de Loire

Le Classement regroupe les vins d’Anjou-Saumur, de Touraine, du Pays Nivernais et du Pays Nantais… Du Sancerre au Muscadet, du Coteaux-du-Layon au Pouilly-Fumé, du Vouvray à Saumur, la région est riche en terroirs et en saveurs, du blanc sec racé à des liquoreux de haute volée, et des vins de mousse tout en finesse. Tous ces vins sont très typés par des sols spécifiques (silex, schistes…) où des cépages très appropriés (Sauvignon, Chenin…) se complaisent à merveille.

Voir les meilleurs vins de l'année : http://www.millesimes.fr/classement.php?rech1=VAL-DE-LOIRE

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mercredi 14 mars 2007

L’anthologie du vin

L’ANTHOLOGIE DU VIN

L’univers tout entier concentré dans ce vin. Apollinaire

Boire du vin, c’est boire du génie. Baudelaire

Partons à cheval sur le vin. Baudelaire

N’est-il pas raisonnable de penser que les gens qui ne boivent jamais le vin sont des imbéciles ou des hypocrites, des imbéciles, c’est-à-dire ne connaissant ni la nature, ni l’homme, etc., des hypocrites, c’est-à-dire des gourmands honteux, des fanfarons de sobriété, buvant en cachette ou ayant quelque vie occulte… Un homme qui ne boit que de l’eau a un secret à cacher à ses semblables. Baudelaire

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dimanche 4 février 2007

Les vins libanais

C’est certainement d’ici que la vigne a su se propager dans tout le bassin méditerranéen.

Le cours mystérieux de l’histoire nous ramène en effet en ce lieu privilégie où le suc de la vigne fut toujours recueilli. Après le déclin de Rome, le Christianisme prit la relève : du miracle des noces de Cana jusqu’à Byzance qui répandit dans le Proche-Orient, à travers la Békaa fertile, la culture de la vigne et l’usage sacré du vin. En 1857, les Jésuites acquirent la propriété de Ksara, ainsi dénommée pour avoir servi de “Ksar” ou Castel Franc. Implanté autour du premier observatoire en date du Liban, le fameux vignoble qui est entretenu donne la prestigieuse lignée de vin perpétuée jusqu’à aujourd’hui. Déjà, Gérard de Nerval témoigne que ce couvent possède un vin célèbre : le “Vin d’Or”. A la suite du Concile Vatican II, les Jésuites durent se désister de leurs entreprises commerciales.

Les vignobles profitent d’un contexte très propice à leur culture. Presque toute la période végétative se faisant sans pluies, peu de maladies peuvent se développer. Les raisins proviennent de quatre terroirs, tous situés dans la région de la Békaa : Ksara, Taanaïl, Mansoura et enfin Kanafar et Kefraya. Des cépages nobles tels que Sauvignon, Chardonnay, Grenache, Malvoisie, Muscat, Cabernet-Sauvignon, Cinsault, Carignant, Ugni blanc, Sémillon, Clairette, Syrah, Merlot et Mourvèdre sont cultivés sur ces terres.

A lire : http://blog.vins-du-monde.info/

Incontournable

http://www.vinsdusiecle.com/images/pdg.jpg Patrick DUSSERT-GERBER défend le terroir et la typicité : ses Classements des 1000 vrais vins typés, du plus grand au plus modeste, sont la référence. Aux côtés de la quarantaine de sites et blogs qu'il gère aujourd'hui sur Internet, il est, depuis près de 30 ans, certainement l’auteur français le plus important et prolifique dans le domaine du vin. Il a signé plus d’une trentaine de livres.

Voir sa bio : http://patrick.dussert-gerber.com/ma-biographie/

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samedi 3 février 2007

Les mots pour en parler

Savez-vous que notre breuvage magique préféré est aussi l’un des plus extraordinaires aliments qui puissent exister? Rouge ou blanc, le vin est un liquide formé d’eau qui contient en dissolution ou en suspension la plupart des grandes fonctions de la chimie organique. Si son élément essentiel est l’alcool éthylique qui se transforme au cours de la fermentation, les phosphates et les lipides côtoient les vitamines, les glucides ou les éthers et font de ce produit fermenté (bien avant le pain et le fromage) un élixir de longue vie qui entretient notre corps régulièrement si l’on préfère déguster que boire à tout va. En bouche, plusieurs facteurs et caractéristiques ont leur influence : la nervosité, plus ou moins exprimée par son acidité, comme l’équilibre, la structure le seront par sa base tannique, sa richesse en alcool, le tout formant un équilibre des saveurs, harmonieux ou non, entre l’alcool, le tanin et l’acidité.

Voir aussi : http://patrick.dussert-gerber.com/le-vocabulaire-du-vin/

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Les vins du Canada

S’étendant de la frontière américaine jusqu’à la baie d’Hudson, sur plus de un million de kilomètres carrés, l’Ontario est une contrée de lacs et de forêts, qui tire son nom d’un vieux mot iroquois signifiant “les eaux brillantes”.

La législation vinicole La Vintners Quality Alliance (VQA) est au Canada ce que l’AOC est à la France, la DOC à l’Italie, le QMP à l’Allemagne. Elle reconnaît trois régions viticoles distinctes au Canada -les provinces de la Colombie-Britannique, de la Nouvelle-Ecosse et de l’Ontario.

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vendredi 2 février 2007

Le secret des liqueurs

Les liqueurs de fruits

Les liqueurs de fruits, obtenues par macération des fruits dans l’alcool durant plusieurs mois, stabilisation par le froid et addition de sirop, sont les plus riches en vitamines (gare au régime). La plus célèbre est la crème de cassis, que l’on mélange à tort et à travers avec du vin blanc en la proposant sous le nom de Kir, sans préciser que le véritable Kir, celui du Chanoine, ne se préparait qu’avec du Bourgogne aligoté. Les autres ne méritent que le nom de vin blanc-cassis. Goûtez-la aussi seule, pour elle-même.

Le Cherry Brandy, obtenu par macération de cerises dans de l’alcool pratiquement pur, tient la dragée haute aux autres liqueurs issues de framboises, prunes ou mirabelles. Il faut le boire pur dans un verre frais, comme la plupart des digestifs à base de fruits rouges. En Suisse, on n’hésite pas à rajouter des arômes de chocolat pour proposer un “Chéri Suisse”, dont l’exploitation du nom semble manifeste. A ce propos, les contrefacteurs sont nombreux. La palme revient à la Maison Suze (liqueur de Gentiane, à boire surtout en apéritif), qui, depuis près de deux cents ans, voit sa bouteille (caractéristique pourtant) outrageusement galvaudée. Qu’elle se rassure, comme certains bijoutiers et couturiers, on ne copie que ce qui peut en valoir la peine, et c’est une manière comme une autre de faire parler de ses produits (souvenez-vous de sa publicité).

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mardi 30 janvier 2007

Les vins de Thessalie

Riche bassin agricole drainé par le fleuve Pinios et entouré de hauts sommets dont le mont Olympe (2 917 m) au nord, la Thessalie bénéficie d’un climat humide et froid en hiver, brûlant en été. Son vignoble (8 500 hectares et 300 000 hectolitres) est divisé en quatre zones: les zones à appellation d’origine Nea Anchialos et Rapsani; la zone de Karditsa, où l’on produit un rouge et un blanc à base de cépages indigènes (le Noir de Messenikola et Batiki, cépage blanc), et la zone de Tyrnavos pour les raisins de table (Muscat de Hambourg). La plupart des vins sont issus des coopératives.

Nea Anchialos Située non loin de Volos, antique Iolkos (d’où partirent Jason et les Argonautes à la conquête de la Toison d’or), la zone de Nea Anchialos s’étend sur quelque 600 hectares. Issus des cépages Savatiano et Rhoditis, les vins sont blancs, relativement vigoureux, et il faut les boire très frais, dans leur prime jeunesse, pour profiter de leur saveur fruitée.

Rapsani Un bon vin rouge classique, provenant des cépages Xinomavro, Krassoto et Stavroto, qui se complètent harmonieusement pour donner ce vin vif et coulant, assez parfumé.

Voir : http://patrick.dussert-gerber.com/vins-de-grece/

lundi 29 janvier 2007

Des livres à foison

Depuis près de 30 ans, “PDG” est certainement l’auteur français le plus important et prolifique dans le domaine du vin. Il a signé plus d’une trentaine de livres.

http://patrick.dussert-gerber.com/ma-biographie/

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Bien lire une étiquette

Les mentions obligatoires pour les AOC et VDQS__ v Nom de la région délimitée de production (Bourgogne, Bordeaux…). v Mention appellation d’origine contrôlée (AOC) ou vin délimité de qualité supérieure (VDQS), suivie, pour ce dernier, d’un label de garantie VDQS avec numéro de contrôle.

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Accorder son vin avec son plat dans chaque pays

La règle de base : savoir s’adapter à la gastronomie et aux habitudes alimentaires de chaque pays. La gastronomie d'un pays explique en effet toujours le vin que l'on y produit, et vice-versa. Si les vins rouges espagnols ou grecs sont corsés et riches, c'est parce qu'ils s'adaptent parfaitement avec les plats épicés que l'on prépare dans ces pays. C'est le même cas à Bandol ou au Chili.

Voir : http://patrick.dussert-gerber.com/

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dimanche 28 janvier 2007

De l'Encyclopédie et des Vins

Cette Encyclopédie (comme mes autres livres) représente une somme considérable de voyages dans les vignobles pour goûter tous les vins (et les alcools) que l'on y fait, les crus les plus connus pour mieux les savourer, mais aussi les vins totalement méconnus, mal connus, parfois difficiles d'approche, austères, faciles, trop corsés, les vins rouges demi-doux, les rosés qui pétillent, les blancs amers, ceux qui sont splendides, les autres qui sont bizarres...

Il y a aussi tout ce vocabulaire propre au monde du vin, souvent poétique, parfois scientifique, des mots et des expressions dont l'emploi remonte à la nuit des temps.

Vous allez voir encore que chaque pays fait un vin à son image, en fonction de ses habitudes alimentaires, de son histoire, de ses sols, de son climat et de ses cépages, et c'est bien normal.

Pourtant, il faut savoir raison garder dans ce domaine, et ne pas se fier aux modes.

Beaucoup oublient parfois que le vin est issu du raisin, c’est-à-dire que la matière première joue toujours un rôle considérable. On a vu ainsi apparaître en France depuis une dizaine d’années certains vins “à la mode”, un blanc de Chardonnay d’Ardèche ou de Nouvelle-Zélande, un rouge issu du Cabernet en Uruguay ou en Australie...

Je n’ai jamais été sensible à ces producteurs qui, sous prétexte de planter des cépages nobles en France ou ailleurs, nous prennent pour des “Américains”, en voulant nous faire croire que le sol n’existe pas, et que seules les vinifications ou l’élevage en barrique sont synonymes d’un grand vin. Ceux-là, dans ces périodes de crise, vont avoir du mal à poursuivre leur discours et leur politique commerciale. Ils ne dureront que ce que durent les modes.

La décennie 80 a été celle où un bon nombre de choses ont évolué, au risque de créer quelques ambiguïtés. En réalité, quelques professionnels, français et étrangers, des journalistes comme des acheteurs, des œnologues comme des producteurs, ont tenté de nous faire croire qu’ils élaboraient des vins “intellectuels”, laissant entendre que ceux auxquels nous étions habitués n’étaient plus d’actualité.

Il suffit de comparer : les vins blancs australiens sont loin d'être au niveau des crus de Corton-Charlemagne, de Soave ou du Rheingau, et d'autres “soupes de chêne” rouges ne peuvent rivaliser avec les vins de Margaux, de Romanée, de Barolo, de Tignanello, de Rioja, ni même avec des appellations beucoup moins renommées, mais qui possèdent ce que peu de vins ont : une typicité.

Il ne suffit donc pas de planter du Merlot en Italie ou en Ardèche, du Pinot en Autriche, en Californie ou dans le Languedoc pour pouvoir faire des vins qui tiendraient tête aux autres crus issus des mêmes cépages, qu'ils proviennent de France ou d'ailleurs...

En ce qui concerne l’élevage en barriques neuves, ma position est extrêmement simple : ne supportent un tel appoint que les très grands crus, et aucun autre. On ne sent pas le bois dans un Haut-Brion ou un Petrus (pour ce dernier, les barriques neuves n’y sont d’ailleurs pas en grand pourcentage). Mettre un Fronsac, un Madiran, un Pinot noir de la Napa Valley ou n’importe quel cru dans de la barrique neuve, n’importe comment, c’est tout simplement dépersonnaliser le vin à l’extrême, maquiller ses qualités, ou cacher ses défauts. Lui créer un styler qu'il n'a pas en fait.

Seuls les très (très) grands crus peuvent entrer en osmose parfaite avec des barriques neuves, et uniquement dans des millésimes qui s'y prêtent comme le 98, beaucoup moins dans les millésimes 99 ou 2000 d'ailleurs. Et puis, qu'est-ce que cela peut faire de mettre un vin dans des barriques neuves ou non ?

Combien de vins étrangers dont beaucoup se gargarisent ne sentent que le bois, faute de terroir ?

Un bon nombre d’œnologues ou de “confrères” français et bien sûr américains sont ce que j’appellerais des “critiques de confitures” : ils “découvrent” des crus du jour au lendemain, n’aiment que les vins outrageusement maquillés, des vins “p...”, dont les tanins dégustés sont plus ceux des barriques que ceux du vin. Que voulez-vous, chacun est libre de ses opinions, et de ses goûts. Il est certain que je n’apprécie pas les jus de chêne et que je connaissais la qualité des grands crus du Rhône ou de Loire depuis longtemps, quand d’autres semblent les découvrir.

Un bon vin est un vin que l'on “sent”, que l’on pourrait reconnaître “à l’aveugle”, c’est-à-dire un Sancerre blanc bien sec, un Côtes-de-Bourg bien corsé, aux tanins fermes, un Beaujolais franc et fruité, un vrai vin de Corse qui sent la garrigue... A leurs côtés, cela fait plaisir de goûter un bon Zinfandel sud-africain, un Mavrud, un Nebbiolo, un Mûller-Thurgau allemand ou un rouge d'Aragon qui sent fort son cépage Tempranillo.

Un grand vin est un vin qui possède une réelle originalité, qu'il soit modeste mais racé comme un Rapsani grec ou noble comme un Tokay hongrois. Un grand vin est un vin qui “dure”, qui évolue, qui se développe dans le temps, qui vit. Un vin racé et typé, tout naturellement, par son terroir. Un grand cru est encore un vin pour lequel l’homme, c’est-à-dire le vigneron, doit s’effacer. Un Pomerol suave et parfumé, un Bâtard-Montrachet aux notes de tilleul et d’aubépine, un Margaux qui associe charpente et velouté. Un vin qui a de la personnalité et une spécificité propre. Pas besoin d’artifices.

Le vin procure un moment de plaisir, de partage et d'art de vivre. Il faut rester passionné, subjectif, rêveur, laissant comme Apollinaire la place à l’imaginaire, en restant humain tout simplement, sans disséquer tout, sans chercher à tout prix à se distinguer du voisin, en parlant “produit, parts de marché, régime...”.

Qu'il provienne de Toscane, de Navarre, de Rhodes, de Moselle, d'Afrique du Sud, de Bulgarie, du Chili ou de la vallée du Rhône, un beau vin, un vrai vin, ce n’est pas une boisson, et cela mérite mieux.

Il ne faut pas confondre. Il existe les vrais vins et les autres, les premiers sentant leur terroir, les traditions, les us et coutumes de leur pays, apportant la notion même de civilisation. On s'en rend d'autant plus compte dans des pays historiques de la vigne et du vin comme la Grèce ou l'Italie. La période des dernières années a donc été celle où l’on a tenté de nous imposer des soupes de chêne pour touristes, au risque de dépersonnaliser complètement un bon nombre de crus, sans être certain de leur évolution. La qualité et la longévité des crus n’a rien à voir avec l’âge de la barrique, voire même avec une barrique.Essayez d’ouvrir une bouteille du “grand” vin rouge californien, australien ou urugayen dans quinze ans, vous goûterez un produit desséché, rien de plus. A l’inverse, le Corton-Charlemagne, le Meursault, le Saint-Estèphe ou le premier grand cru classé de Saint-Emilion (pas tous) seront fabuleux à ce moment-là, et parfois uniquement en phase croissante de maturité. Nuance.

Pour comprendre ce que doit être un grand vin, il faut avoir eu la chance de goûter de vieux millésimes. C'est vrai que cela n'est pas donné à tout le monde, même si l'on peut se procurer quelques vieilles bouteilles dans des ventes aux enchères à des prix très attrayants, inférieurs aux derniers millésimes...

Demain, nous allons chercher de nouvelles valeurs, plus essentielles, plus authentiques, et les vins typés vont bénéficier de cet engouement. C'est heureux.

Pour être plus précis, il est navrant que l'on pousse les rendements ou que certains producteurs ne savent parler que de parts de marché, de nouvelles cuveries ou de jolis chais quand la majorité des hommes du vin dignes de ce nom se battent pour préserver l'authenticité et la noblesse de leur passion.

En vérité, beaucoup de propriétaires, californiens, bordelais ou roumains n’ont pas su s’intéresser à leur matière première, à la vigne, et se sont dispersés au travers de “séminaires” de technicité de l’assemblage, du caractère de telle barrique qui provient du fin fond de l’Allier. Ce sont les mêmes qui ne savent parler que du “goût du consommateur”, de vin de cépage, du Chardonnay ici, du Cabernet là, oubliant la viticulture au profit de la technique.

L'analyse est la même pour d’autres régions françaises, notamment dans le Sud-Ouest (Cahors, Madiran...) où quelques producteurs délaissent l’extraordinaire potentiel de typicité de leur territoire et de leurs épages au profit de vins plus commerciaux. A long terme, ils ont perdu.

Le résultat de ces exagérations inadmissibles, c’est bien entendu le consommateur qui en pâtit : les prix montent, la qualité non, les stocks augmentent, certains vins sont alors bradés, bref, on tente de vous faire croire que “tout est bon dans le meilleur des mondes”, en omettant de vous préciser que c’est pourtant l’acheteur qui décide, et personne d’autre. La chute des ventes de vins en primeur, qui devenaient franchement indécentes, est un bon exemple de la réaction d'intelligence des consommateurs.

Quand on entre dans le chapitre du potentiel qualitatif de tel ou tel millésime, on accède en fait à la notion même de grand cru, à cette évolution incontrôlable qui fait la magie des grands vins français, c’est-à-dire des plus grands vins du monde. A ce moment, la force du terroir entre en osmose avec les qualités et les défauts de chaque millésime, et cette alliance va donner le potentiel d’évolution du vin, qui peut aller du sublime au plus modeste. Il faut être évidemment humble et prudent sur les pronostics et les prévisions, tant l'on est toujours un peu surpris par l’évolution des vins.

Chaque année a sa longévité programmée en quelque sorte, et si on déguste des vins trop rapidement, on est souvent déçu parce que l’on peut tout naturellement s’attendre à mieux. Un Pauillac ne se juge pas quatre mois après sa récolte, un petit Bordeaux, si. Il faut savoir dans quelle catégorie les propriétaires veulent jouer. C’est l’une des raisons pour laquelle il est bien trop simpliste, à la limite de l’escroquerie, que quelques professionnels, surtout étrangers, se plaisent à présenter dans une même dégustation comparative des vins californiens ou espagnols, avec quelques-uns de nos plus grands vins.

La complexité de la dégustation s’accentue si on entre dans le détail de chaque cru. Lorsque l’on goûte par exemple Haut-Brion par rapport à ses pairs du Médoc (les “Premiers”), c’est un vin qui n’a pas du tout la même évolution que les autres; il se goûte beaucoup plus tôt, et on se dit “il va passer”, et il ne “passe” jamais; il est toujours là vingt ans après. C’est un autre style de vin, alors que les sols sont très comparables à ceux du Médoc.

En fait, la vie du vin, c’est assez simple. Quand il fait beau on fait du bon vin, quand il ne fait pas beau, on fait du vin moins bon. Les choses ne sont pas aussi compliquées qu’on veut bien souvent le faire croire. Il suffit d'ajouter à cela la force du terroir et des cépages appropriés.

Il faut rester les pieds sur terre. Nous sommes dans un monde paysan et le vin est un produit agricole issu d’une plante. Si le raisin mûrit dans de bonnes conditions, toutes les chances sont permises pour faire un bon vin. On retrouve dans les vins le froid, la pluie, le soleil, l’excès de soleil, le déficit en eau.

Le “b. a. ba” du vin, et surtout des grands vins, réside dans l’extrême difficulté de cataloguer tel ou tel cru. C’est ce que les nouveaux vignobles étrangers ne veulent pas admettre, tant cela prouve l’influence du terroir (c’est encore plus vrai en Bourgogne, dans ces ”territoires de poupée” où tout peut changer à quelques mètres d’intervalle).

L’un des grands exemples de la méconnaissance évidente des grands crus du Médoc par certains “dégustateurs” américains, voire français, c’est lorsqu’ils prétendent par exemple que le Margaux est un vin souple, féminin, très agréable, très fin, que le Saint-Julien est lui plus équilibré, très harmonieux, que le Pauillac est “viril” (c’est quoi, un vin “viril”?), dur, tannique, long à se faire, ou que Saint-Estèphe est un costaud, très charnu. Tout cela n’est que du “blabla” et ces soi-disants types n’existent pas sur le terrain. C’est uniquement pour des commodités de commerce que le négoce de l‘époque avait créé ces styles. Pour différencier les vins de Médoc, il faisait ses cuvées de telle façon, réservant les vins les plus fins et légers aux Margaux, les plus durs au Pauillac, etc.

Il ne faut donc pas assimiler ces “styles” simplement à la nature des sols. La réalité est plus complexe.

C’est dans les années 50 que la technique a permis de maîtriser la fermentation malolactique, qui a transformé l’optique du vin. Ajoutez à cela le fait de prendre conscience de la maîtrise des températures, du début à la fin. Certaines années, il faut refroidir, d’autres réchauffer pour obtenir la fermentation, puis maintenir 18 à 20°, quand celle-ci s’achève pour avoir la fermentation malolactique. Le progrès, il est là, et surtout là. Le fait de mieux maîtriser la vinification a permis à un nombre croissant de producteurs, français ou australiens, de faire de bons vins, ou plutôt des vins sans défaut, “sans vice ni vertu”.

Cela peut vouloir dire aussi que l’on peut définir et produire un certain type de vin, que le propriétaire devient capable de proposer aux consommateurs des vins plus souples, moins tanniques. L’une des explications fondamentales de la crise ctuelle que traverse le Médoc (voir ce mot) est que la tentation s’est faite sentir de faire des vins plus faciles à boire au détriment d’une tradition gustative. C'est certainement ce qui va se produire dans d'autres pays, et c'est ce qui se produit déjà en Australie ou aux États-Unis, où l'on fait un style de vin en fonction de la “cible” des consommateurs que l'on veut atteindre.

Certes, il est naturel qu’il y ait une évolution gustative sur un type de vin plus agréable à boire dans sa jeunesse. En réalité, nous refaisons ces vins riches en tanins des années 30 depuis une quinzaine d’années, mais cette fois avec des acidité très basses, ce qui permet de les aborder plus tôt.

Dans les faits, ce sont les tanins actuels qui sont moins durs. Par contre, ne mélangeons pas les genres. Certains traduisent l’évolution de la vinification soit par un matraquage en barriques, soit en recherchant des cuvaisons courtes. Ils ont tort, sauf pour faire des vins de gros volume, dont l’objectif est d’être moins tanniques et vite consommable. Il existe surtout une vinification moderne adaptée, sous couvert de plaire à un certain consommateur, à la rotation des stocks...

C’est tout à fait différent pour les grands vins qui non seulement vieillissent, mais se bonifient dans le temps. Pour ces vins à long objectif, les cuvaisons longues sont obligatoires. Avec la Bourgogne, et certains vins de la Vallée du Rhône comme les Châteauneuf-du-Pape, il n’y a pratiquement pas d’autres régions au monde qui soient capables d’avoir des vins de si longue conservation, et qui s’améliorent de cette façon.

J'ai parcouru pratiquement tous les vignobles mondiaux, et j’en ai savouré, en rouges, un bon nombre en Italie (Barolo, Brunello, Montepulciano...), de très rares en Espagne car un bon nombre se dessèchent, un peu au Chili, bien typés, comme ceux d'Afrique du Sud, et... c’est tout.

En fait, on peut distinguer trois styles de vignobles à travers le monde :

1/. Ceux, historiques, de la grande Europe, et par extension ceux du Proche-Orient, où toutes les chances sont réunies pour qu'ils aient été le berceau de la vigne.

Dans ces pays, depuis des siècles, parfois des millénaires comme dans l'ancienne Egypte, on a réussit à associer des raisins à des sols, puis, l'embourgeoisement aidant, à des coutumes gastronomiques.

Si l'on fait du Mavrud en Bulgarie, intense et puissant où si l'on trouve du Muscat en Chypre, c'est toujours pour une raison précise : ici l'influence du climat, là l'influence des moines ou des Templiers, là encore celle des tsars ou des rois. On se rend compte alors que l'histoire des vignobles et les vins est intimement liés aux données territoriales et politiques. Il suffit  par exemple de se plonger dans l'histoire des vins de Sauternes pour entrer de plein pied dans celle de la Prusse, des guerres de l'est et des engouements des hommes, qu'ils soient allemands, italiens ou français. Les vicissitudes de l'histoire jouent donc un rôle prépondérant dans ces pays, et, découlant de cela, influencent tout particulièrement les extensions de vignobles et le style des vins que l'on y fait et que l'on continue d'y faire).

2/. les pays producteurs, dont lesquels font partie le Chili, l'Argentine (en fait, l'Amérique latine), dont les origines des habitants expliquent depuis longtemps leur attirance pour le vin tel que nous le connaissons en France, le vin lié à la table, au repas, à la gastronomie. Les Espagnols ou les Portugais ont en effet tout naturellement ce que j'appelerais le “goût” du vin. On peut parler en ce sens de pays traditionnels.

3/. le troisième groupe, est, vous l'aurez compris, celui qui englobent les pays producteurs de vins qui n'ont pas les mêmes habitudes de consommation.

On y trouve bien entendu les États-Unis, l'Australie, la Nouvelle-Zélande (en fait, les pays “jeunes” en la matière), mais aussi des pays comme la Grande-Bretagne ou la Russie. On y trouvera demain la Chine, le Japon ou le Zimbabwe.

Personne ne peut contester que les Californiens n'ont pas du tout le même sens du repas que nous, et encore moins celui de consommer du vin à table, en fonction des plats que l'on y sert. Le vin est ici un produit d'apéritif ou de digestif, voire tout simplement un signe de particularisme (ou de snobisme) dans les couches supérieures de la société.

Ce facteur est fondamental. Il démontre pourquoi ces pays n'ont pas pris le temps (ou n'ont pas eu le temps) de réfléchir sur le style de vins qui leur convenait réellement, se contentant de planter les cépages qui marchent bien ailleurs (et notamment en France), pour faire du vin. Nous ne sommes pas du tout dans la même logique, et cela explique pourquoi il faut savoir séparer ces différents pays producteurs.

La Californie par exemple ne joue pas dans la même cour que les grands vins français, au même titre que les autres vins français “à la mode” dont nous parlions tout à l’heure. Tout est surtout très hétérogène. On ne sait pas ce que l’on va avoir, un petit vin mince ou extrêmement souple, chaud, une autre fois un vrai jus de barrique. En Californie, il suffit de se promener dans les vignobles, de regarder le sol, et l‘on comprend quel “style” de vins on peut y faire.

Ensuite, promenez-vous entre les parcelles des grands crus de Vosne-Romanée... Je n'ai rien contre les vins californiens, ni d'ailleurs contre les vins de cépages qui fleurissent un peu partout en France, mais je pense que chacun doit s'attacher à acquérir sa propre spécificité. Ce n'est pas en voulant singer les grands vins blancs bourguignons, qui ne supportent pas la moindre concurrence en matière de typicité, en plantant du Chardonnay, ou ceux de Bordeaux en faisant pousser du Cabernet ou du Merlot, que les uns et les autres trouveront leur style. Il faut qu'ils apprennent à faire un vin qui leur est propre, en créant peut-être leurs propres cépages, et cessent de vouloir toujours se comparer à d'autres vins.

En réalité, il ne faut aimer et respecter que les vrais vins, ceux qui ont une âme et des parents (entendez des vignerons), qu’ils soient aristocrates ou paysans, qu’ils “couvent” un simple vin de pays ou l’un des plus grands crus de la planète. Vous verrez que l'on fait des bons et des mauvais vins partout, ceux au travers desquels une tradition s'exprime, et ceux qui ne nous apportent rien d'autre que le plaisir de pouvoir les boire.

Le vin mérite que l'on s'y attache. Et l'on ne peut qu'aimer que ce qui est complexe, multiple et racé.

Les vignerons français ont l'avantage d'élever les plus grands crus de la planète. La raison pour laquelle la France est le berceau des grands vins est extrèmement simple : aucun autre pays ne peut s'enorgueillir d'une telle richesse de terroirs, de climats, de cépages et de traditions gastronomiques et historiques. Si vous ajoutez à cette “lapallissade” que le reste du monde ne s'entend qu'à “singer” nos propres crus, il y a de quoi sourire.

En réalité, seuls les pays qui partagent une culture similaire à la nôtre sont pourvus eux aussi de grands crus, en moindre nombre certes, mais tout aussi envoûtants quand ils proviennent de raisins qui “collent” à leurs sols et sous-sols.

En Europe, comptez l'Italie, L'Espagne, l'Allemagne; pour des vins plus modestes, mais tout aussi typés —c'est ce qui compte— ajoutez le Portugal, la Grèce et la Suisse. Un peu plus loin, la Hongrie et la Bulgarie. De l'autre côté des mers, le Chili et l'Afrique du Sud. L'Amérique, elle, a besoin de se trouver et de créer ses propres crus, sans imiter tel ou tel vin. Comme l'Australie ou la Nouvelle-Zélande.

Il existe donc deux catégories de vins : ceux qui ont une "âme", entendez une typicité réelle, et sont l'expression exacerbée de leur terroir, et ...les autres, de France, de Californie, ou demain de la lune. Les premiers sentent leur sol, les traditions, les us et coutumes de leur pays, apportant la notion même de civilisation, au travers de ce patrimoine extraordinaire que nous possédons.

Il n’y a pas de vin sans terroir, sans climat...et sans homme. A Paarl ou à Cadiz, à Santiago ou à Stuttgart, à Samos ou à Montepulciano, le divin breuvage a besoin d’être élevé, éduqué, chéri, par celui qui le fait comme par celui qui le goûte.

Edito de L'Encyclopédie mondiale des vins par Patrick Dussert-Gerber (Albin Michel)

http://patrick.dussert-gerber.com/vins-dailleurs/

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