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Mes voyages dans les vignobles européens m’ont permis de goûter tous les vins (et les alcools) que l'on y fait, les crus les plus connus pour mieux les savourer, mais aussi les vins totalement méconnus, mal connus, parfois difficiles d'approche, austères, faciles, trop corsés, les vins rouges demi-doux, les rosés qui pétillent, les blancs amers, ceux qui sont splendides, les autres qui sont bizarres...

Il a fallu rejeter tous les a priori, savoir pourquoi un vin espagnol était ainsi fait, excuser les rendements considérables de l'Allemagne ou de l'Autriche, me forcer à apprécier le Retsina grec (j'y suis parvenu), goûter un Fendant à Montreux, comprendre pourquoi l'Italie ne nous montrait jamais le potentiel qualitatif dont elle regorge, apprécier un Porto comme il le faut, etc, etc.

Une belle expérience de terrain, unique, libre, indépendante, sans la moindre complicité ou pression publicitaire (rien n'a été demandé aux producteurs sélectionnés, et ce n'est pas si courant, croyez-moi).

Le résultat, c'est que chaque pays fait un vin à son image, en fonction de ses habitudes alimentaires, de son histoire, de ses sols, de son climat et de ses cépages, et c'est bien normal.

Pourtant, la décennie 80 a été celle où un bon nombre de choses ont évolué, au risque de créer quelques ambiguïtés. En réalité, quelques professionnels, français et étrangers, des journalistes comme des acheteurs, des œnologues comme des producteurs, ont tenté de nous faire croire qu’ils élaboraient des vins “intellectuels” (si j’ose dire), laissant entendre que ceux auxquels nous étions habitués n’étaient plus d’actualité : on nous a chanté que les vins blancs australiens (dégustations “comparatives” obligent) étaient meilleurs que les grands crus de Corton-Charlemagne, de Soave ou du Rheingau, que des “soupes de chêne” pouvaient rivaliser avec les plus grands vins de Margaux, de Romanée, de Barolo, de Tignanello, de Rioja, que planter du Chardonnay en Italie ou en Ardèche, du Merlot ou du Pinot en Autriche, en Espagne ou dans le Languedoc allait permettre de faire des vins qui tiendraient tête aux plus grands des plus grands... bref, que seuls les nouvelles techniques ou l’élevage en barriques neuves étaient synonymes de qualité, et que “le terroir après tout, mon bon monsieur”...

Ceux-là croient encore que les amateurs n'en sont pas, ou sont des idiots.

Il y a de quoi rire. Les sensations que l'on éprouve quand on débouche un Brunello di Montalcino, un Beerenauslese du Rheingau, un Pauillac, un Rioja, vous croyez franchement que ce sont les mêmes que celles que procurent (est-ce bien le terme ? ) un rouge de Cabernet-Sauvignon d'Espagne ou un blanc de sauvignon autrichien (ou français) ?

Je passe sur les “soupes de chêne” auxquelles nous avons parfois droit, à ces vins qui se dessèchent au bout de deux ans faute de mieux...

Le vin, en tout cas celui qui nous intéresse, c'est autre chose. C'est toujours un moment de plaisir, de partage et d'art de vivre. Il faut rester passionné, subjectif, un rien rêveur dans ce domaine, laissant comme Apollinaire la place à l’imaginaire, en restant humain tout simplement, sans disséquer tout, sans chercher à tout prix à se distinguer du voisin, en parlant “produit, parts de marché, mode, régime, thermorégulation...”. Qu'il provienne de Toscane, de Navarre, de Rhodes, de Moselle ou de la vallée du Rhône, un beau vin, un vrai vin, ce n’est pas une boisson, et cela mérite mieux. Quand on voit les débats qu’engendrent les campagnes anti-alcooliques, cela me navre que l’on ne distingue pas le “Sang de la Terre et du Ciel” cher à Baudelaire, du vulgaire picrate que l’on avale sans soif. Et cela me choque que ceux qui vivent en faisant des vins-boissons soient les premiers à vouloir défendre leur bibine... Il ne faut pas confondre. Il existe les vrais vins et les autres, les premiers sentant leur terroir, les traditions, les us et coutumes de leur pays, apportant la notion même de civilisation. On s'en rend d'autant plus compte dans des pays historiques de la vigne et du vin comme la Grèce ou l'Italie.

Et puis, à Genève ou à Cadiz, à Chablis ou à Stuttgart, à Samos ou à Montepulciano, il n’y a pas de vin sans homme. Le divin breuvage a besoin d’être élevé, éduqué, chéri, par celui qui le fait comme par celui qui le goûte.

Soyez comme moi en ce domaine : insensible aux modes, à des dossiers de presse bien ficelés, ou à des campagnes de publicité envahissantes qui ne vantent que des vins sans vice ni vertu, en oubliant les hommes ou la force du terroir (et pour cause).

Il ne faut donc aimer et respecter que les vrais vins, ceux qui ont une âme et des parents (entendez des vignerons), qu’ils soient aristocrates ou paysans, qu’ils “couvent” un simple vin de pays ou l’un des plus grands crus de la planète. Il faut savoir rester fidèle à cela, et le faire partager.

Vous verrez que l'on fait des bons et des mauvais vins partout, ceux au travers desquels une tradition s'exprime, et ceux (hélas) qui ne nous apportent rien d'autre que de pouvoir les boire. Il s'agit donc de savoir choisir comme il le faut et de pouvoir avoir accès uniquement aux meilleurs, dans n'importe lequel de ces pays d'Europe.

Edito (extrait et remanié) du Guide des Vins d'Europe de Patrick Dussert-Gerber (Albin Michel).

Mes voyages dans les vignobles européens m’ont permis de goûter tous les vins (et les alcools) que l'on y fait, les crus les plus connus pour mieux les savourer, mais aussi les vins totalement méconnus, mal connus, parfois difficiles d'approche, austères, faciles, trop corsés, les vins rouges demi-doux, les rosés qui pétillent, les blancs amers, ceux qui sont splendides, les autres qui sont bizarres...

Il a fallu rejeter tous les a priori, savoir pourquoi un vin espagnol était ainsi fait, excuser les rendements considérables de l'Allemagne ou de l'Autriche, me forcer à apprécier le Retsina grec (j'y suis parvenu), goûter un Fendant à Montreux, comprendre pourquoi l'Italie ne nous montrait jamais le potentiel qualitatif dont elle regorge, apprécier un Porto comme il le faut, etc, etc.

Une belle expérience de terrain, unique, libre, indépendante, sans la moindre complicité ou pression publicitaire (rien n'a été demandé aux producteurs sélectionnés, et ce n'est pas si courant, croyez-moi).

Le résultat, c'est que chaque pays fait un vin à son image, en fonction de ses habitudes alimentaires, de son histoire, de ses sols, de son climat et de ses cépages, et c'est bien normal.

Pourtant, la décennie 80 a été celle où un bon nombre de choses ont évolué, au risque de créer quelques ambiguïtés. En réalité, quelques professionnels, français et étrangers, des journalistes comme des acheteurs, des œnologues comme des producteurs, ont tenté de nous faire croire qu’ils élaboraient des vins “intellectuels” (si j’ose dire), laissant entendre que ceux auxquels nous étions habitués n’étaient plus d’actualité : on nous a chanté que les vins blancs australiens (dégustations “comparatives” obligent) étaient meilleurs que les grands crus de Corton-Charlemagne, de Soave ou du Rheingau, que des “soupes de chêne” pouvaient rivaliser avec les plus grands vins de Margaux, de Romanée, de Barolo, de Tignanello, de Rioja, que planter du Chardonnay en Italie ou en Ardèche, du Merlot ou du Pinot en Autriche, en Espagne ou dans le Languedoc allait permettre de faire des vins qui tiendraient tête aux plus grands des plus grands... bref, que seuls les nouvelles techniques ou l’élevage en barriques neuves étaient synonymes de qualité, et que “le terroir après tout, mon bon monsieur”...

Ceux-là croient encore que les amateurs n'en sont pas, ou sont des idiots.

Il y a de quoi rire. Les sensations que l'on éprouve quand on débouche un Brunello di Montalcino, un Beerenauslese du Rheingau, un Pauillac, un Rioja, vous croyez franchement que ce sont les mêmes que celles que procurent (est-ce bien le terme ? ) un rouge de Cabernet-Sauvignon d'Espagne ou un blanc de sauvignon autrichien (ou français) ?

Je passe sur les “soupes de chêne” auxquelles nous avons parfois droit, à ces vins qui se dessèchent au bout de deux ans faute de mieux...

Le vin, en tout cas celui qui nous intéresse, c'est autre chose. C'est toujours un moment de plaisir, de partage et d'art de vivre. Il faut rester passionné, subjectif, un rien rêveur dans ce domaine, laissant comme Apollinaire la place à l’imaginaire, en restant humain tout simplement, sans disséquer tout, sans chercher à tout prix à se distinguer du voisin, en parlant “produit, parts de marché, mode, régime, thermorégulation...”. Qu'il provienne de Toscane, de Navarre, de Rhodes, de Moselle ou de la vallée du Rhône, un beau vin, un vrai vin, ce n’est pas une boisson, et cela mérite mieux. Quand on voit les débats qu’engendrent les campagnes anti-alcooliques, cela me navre que l’on ne distingue pas le “Sang de la Terre et du Ciel” cher à Baudelaire, du vulgaire picrate que l’on avale sans soif. Et cela me choque que ceux qui vivent en faisant des vins-boissons soient les premiers à vouloir défendre leur bibine... Il ne faut pas confondre. Il existe les vrais vins et les autres, les premiers sentant leur terroir, les traditions, les us et coutumes de leur pays, apportant la notion même de civilisation. On s'en rend d'autant plus compte dans des pays historiques de la vigne et du vin comme la Grèce ou l'Italie.

Et puis, à Genève ou à Cadiz, à Chablis ou à Stuttgart, à Samos ou à Montepulciano, il n’y a pas de vin sans homme. Le divin breuvage a besoin d’être élevé, éduqué, chéri, par celui qui le fait comme par celui qui le goûte.

Soyez comme moi en ce domaine : insensible aux modes, à des dossiers de presse bien ficelés, ou à des campagnes de publicité envahissantes qui ne vantent que des vins sans vice ni vertu, en oubliant les hommes ou la force du terroir (et pour cause).

Il ne faut donc aimer et respecter que les vrais vins, ceux qui ont une âme et des parents (entendez des vignerons), qu’ils soient aristocrates ou paysans, qu’ils “couvent” un simple vin de pays ou l’un des plus grands crus de la planète. Il faut savoir rester fidèle à cela, et le faire partager.

Vous verrez que l'on fait des bons et des mauvais vins partout, ceux au travers desquels une tradition s'exprime, et ceux (hélas) qui ne nous apportent rien d'autre que de pouvoir les boire. Il s'agit donc de savoir choisir comme il le faut et de pouvoir avoir accès uniquement aux meilleurs, dans n'importe lequel de ces pays d'Europe.

Edito (extrait et remanié) du Guide des Vins d'Europe de Patrick Dussert-Gerber (Albin Michel)

Et :

http://patrick.dussert-gerber.com/vins-dailleurs/